‹ Hercules et Cacus, étude de mythologie comparéeChapitre 7 sur 22 · A INDRA · texte numérisé non relu

A INDRA

« Au fort, au rapide, au majestueux Indra ^ j'apporte mes chants comme un aliment ; au dieu illustre, irrésistible [j'apporte] ma piété et des prières souvent offertes.

« Je lui veux présenter comme un aliment mes louanges pour sa victoire : mon cœur, mon àme, mon entendement, ornent une prière pour Indra , le maître éternel.

« Pour lui je porte dans ma bouche ce noble cantique qui ouvre le ciel ; mon hymne superbe, plein de pensées affectueuses, fera grandir le Sage (2).

« Je lui envoie mes vers, comme l'ouvrier amène un char à son maître : mes chants sont pour le dieu que les chants transportent ; mes louanges sont pour Indra^ [cet hymne] qui peut tout est pour le Sage.

« Comme par amour de la gloire on flatte un cheval de guerre, je polis mon hymne avec ma langue pour célébrer le héros qui est le siège de toutes les richesses, le destructeur partout vanté des villes (3).

« Pour lui, Tvashtar{A) a fabriqué la massue, l'arme céleste et toute-puissante des combats, avec laquelle le maître qui donne tous les biens, lançant l'éclair, a su toucher le corps de Vritra.

(1) ma., 1, 61.

(2) Indra. Les priores sont comme la iioumture des dieux.

(3) Pur. Nous expliquerons plus loin la double signification de ce mot e'. lV()nivoque qui a fait d'Indra un jireneur de villes.

(i) Tvashfnr, le Vulrain indien (mot à mot, fourrier). Indra lui d»<robe sa massue.

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« Dès qu'il eut goûté le puissant breuvage et la douce nourriture du sacrifice, le dieu qui pénètre partout (1) déroba à ce grand ouvrier la massue invincible et, jetant sa pierre, il traversa de part en part le sanglier (2).

« Les Giids (3), épouses des dieux, ont lissé (4) un hymne à Indra quand il tua le serpent : il embrassa le vaste ciel et la terre; ceux-ci n'égalèrent pas sa grandeur.

« Sa grandeur laisse derrière elle le ciel et la terre et dépasse les airs; brillant de son propre éclat, célébré de tous, intrépide, impétueux, Indra a grandi dans sa maison (5) pour le combat.

a Par la force de sa massue, Indra a foudroyé Fritra qui desséchait [le monde] : il a délivré les fleuves semblables à des vaches enfermées, et répandu glorieusement ses bienfaits.

« Les eaux se réjouirent de son effort quand il dompta Vritra avec sa massue : le dieu fort, généreux envers les généreux , plein de fougue , a inondé les terres de Tarviii (6).

fl) Il y a dans le texte vishnu (celui qui pénètre). Plus tard cet attribut d'Indra est devenu un dieu distinct.

(2) Vritra. Comparez le sanglier d'Érymanthe.

(3) Les Gnâs sont les nymphes célestes (Ywaïxe:), c'est-à-dire les nuages.

(4) La même métaphore qui fait dire au poète : tisser un hymne, se retrouve dans le mot grec ûfxvo;, qui est de la même famille que -jidw, \)zôu>, tisser ; jïiq, ûooç, tissu. A cette époque reculée où l'écriture était inconnue, la plupart des mots servant à indiquer la composition d'un morceau poétique sont empruntés à l'art du tisserand, du constructeur, etc.

(5) Le ciel.

(6) Nom d'homme.

n-2 LE MYTHE IiNDlEN.

« Hàte-toi, lance la massue sur ce Vrilra, dieu puissanl, |)rodigiie de biens ; coupe-lui les muscles comme à un bœuf, envoie-nous tes eaux, fais-les couler en abondance. »

Dans les vers que nous venons de citer, il est plusieurs fois question de la défaite de Vritra. A vrai dire, il n'est guère de chants dans les védas où il n'en soit fait mention. Cet épisode est rappelé si souvent, et quelquefois si hors de propos, qu'on ne peut s'empêcher d'y voir une sorte de lieu commun à l'usage des poètes védiques. La victoire sur Vritrci est pour eux le type de toute victoire : Tadjectif vritrahaii (meurtrier de Vritra), surnom ordinaire &' Indra^ est appliqué dans le sens général de victorieux. De son côté, le nom de Vritra., au lieu de rester réservé au seul adversaire d'//ic//<7, est devenu le terme générique pour désigner Vennemi. C'est Jiinsi qu'on verra plus loin l'expression : le plus vritra d'entre les vritras. Les allusions fréquentes à ce mythe et la trace qu'il a laissée dans la langue nous en révèlent Timportance et nous en font pressentir l'antiquité. C'est cette fable, déjà vieille au moment où furent composés. les chants védiques, que nous allons étudier pour la lapprocher de la lutte d'Héraclès contre Géryon et de celle de Jupiter contre Cœcius.

Les circonstances du combat et les noms des combattants sont loin d'être cités d'une façon constante. Au lieu à' Indra ^ on trouve souvent .4^ni ., Tri la., Brihas- />ati,' ou (juelque autre dieu, ou même quelque sage

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célèbre par sa piété : tantôt liulni livre seul le combat, tantôt il est aidé des vents ou Maruts. Le nom de son adversaire varie encore davantage : il s'appelle tour à tour Vritra^ A lu, J'nla^ Cushna, Çiunhara,, \arnuci\ P(ini. Laissant de côté ces modiBcations d'un récit qui, au fond, est toujours le môme, voyons le mythe réduit à ses éléments essentiels.

Indra est le berger d'un troupeau de vaches célestes de couleur éclatante. Vritra^ monstre à trois têtes, à forme de serpent, attire à lui le troupeau et l'enferme dans son antre. Indra, s'apercevant de la fraude, poursuit le brigand, force l'entrée de sa caverne, le frappe des coups répétés de sa foudre, et ramène au ciel les vaches dont le lait tombe à flots sur la terre.

Les védas renferment d'innombrables passages ayant trait à cette histoire. Mais il faut remarquer dès à présent qu'il est rare de trouver l'épisode raconté tout entier avec celte suite dans les images : le plus souvent le poêle, après avoir ébauché le récit fabuleux, l'interrompt par la description des faits naturels qui ont donné lieu au mythe, ou bien il commence par le phénomène physique, auquel il entremêle quelques traits choisis dans la légende. En voici un exemple remarquable (1) :

« A présent je veux chanter les hauts faits d'/z^zr/zv/, les

M) Rig-veda, F. 32.

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