LE MYTHE INDIEN
premiers qu'il ait accomplis avec sa foudre : i! a tué ^hi (1), il a mis les eaux en liberté, il a ouvert la route aux torrents des nuages.
a II a tué Jhi qui s'était placé sur la montagne (2) : T^as/itar avait fabriqué à Indra une massue divine; comme des vaches dont dégoutte le lait, les eaux se sont précipitées vers la mer.
« Bouillant comme un taureau, il but le soma^ il vida la triple cuve ; Maghamt (3), prenant la foudre pour arme, frappa le premier-né des Jhis.
« Quand, ô Indra^ tu frappas le premier-né des .-//^/.y, quand lu confondis les sortilèges des enchanteurs, engendrant alors le soleil, le jour et l'aurore, tu n'eus plus au monde d'ennemi...
« D'un coup terrible de sa massue Indra mit en pièces le plus vritra d'entre les vritras ; comme un tronc d'arbre abattu par la hache, Ahi gît étendu sur la terre.
« Pareil à un homme lâche et ivre, il a provoqué le fort, le destructeur, le rapide Indra : mais il ne tint pas tête à ses coups multipliés ; vaincu, sa chute fit éclater les eaux (4).
a Sans pieds, sans mains, combattant //?r//<7, la foudre le frappa sur l'épaule : cet eunuque, qui prenait l'apparence d'un taureau, tomba haché en mille endroits.
(1) Le serpent.
(2) Ou sur le nuage ; parvata, qui marque la plénitude, le gonflement, a les deux sens en sanscrit.
(3) Surnom d'Indra ; littéralement : le dieu des richesses.
(4) Les nuages renfermant les eaux.
INDBA ET VRITRA. 95
« Étendus sur la terre comme un fleuve dont les disiies sont rompues, les flots grossissants passèrent sur lui avec joie : y^/ii fui couchéaux pieds des eaux qu'il avait tenues dans sa puissance.
« La mère de T'ritra (1) était penchée sur son fils : Indra lui lança sa massue; mère et fils tombèrent Tun sur l'autre; comme la vache auprès de son petit, ainsi izisait Ddnii.
« Le cadavre repose au milieu des flots qui ne s'arrêtent ni ne reviennent; les eaux emportent le corps sans nom de Vritra : l'ennemi d'Ind/n est entré dans la nuit éternelle.
a Mariées au démon (2), gardées par ^/li, les eaux étaient enfermées comme les vaches volées par Pani (3): mais Indra^ en tuant Fritra, a ouvert la caverne qui leur servat de prison.
« La foudre, ni le tonnerre, ni la pluie, ni la massue, ne lui servirent de rien. Lorsque Indra et Ahi combattirent ensemble, Mogluwat triompha pour tous les temps.
« Qui vis-tu s'approcher (S^ Alii^ ô Indra, lorsque, après l'avoir tué, tu fus saisi de crainte et que, semblable à un faucon épouvanté, tu traversas le monde et franchis les quatre- vingt dix-neuf fleuves (4)?
« Ce qui marche et ce qui est immobile, ce qui est ap-
(1) Dûnu.
(2) Les eaux sont considérées ici comme des nymplies enlevées par Vritra.
(3) Démon de même nature et jouant le même rôle que Vritra.
(4) Manière de compter ordinaire dans les védas-
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privoisé et ce qui est armé, tout a pour roi le dieu du tonnerre; il règne seul sur les hommes; comme la jante enserre les rayons de la roue, ainsi il enveloppe toute chose. »
Les vers que nous venons de citer montrent assez que le sens du mythe n'échappait pas aux poètes védiques : ils prennent, quittent et reprennent l'image convenue, en hommes sûrs d'être compris de leurs auditeurs. Et nous, avons-nous encore besoin d'expliquer la fable, après les vers que nous avons cités et le sens n'en paraîtil pas clairement aux yeux ?
La lutte des deux adversaires aux prises dans le ciel est l'orage, plus soudain et plus terrible dans les climats chauds que dans nos contrées. Les nues lumineuses qui contiennent la pluie, ce sont là les vaches couleur de pourpre qu'un noir démon veut enlever : la fécondité de la terre dépend de l'issue de la lutte. Les nuages se mettent en marche, ils s'éloignent de nous, ils se couvrent d'ombre, ils semblent enfermés dans l'obscurité ; on entend leurs sourds mugissements. L'affreux serpent dont l'haleine dessèche le monde les a enveloppés et attirés dans son antre. C'est alors que le dieu du jour, protecteur des hommes, bienfaiteur de la tribu, engage le combat, tantôt seul contre le terrible adversaire, tantôt escorté de la troupe hurlante des Maruls (les vents), tantôt suivi de tous les dieux On entend les coups de la massue divine qui tombent sur la caverne, l'entr'ouvrent et en font jaillir des flammes. Letripledard