‹ Hérédité Syphilitique Et EczémaChapitre 8 sur 23 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE A MANIFESTATIONS DISTROPHIQUES · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE A MANIFESTATIONS DISTROPHIQUES

Nous avons parlé plus haut de syphilis. Nous devons préciser qu’il ne s’agit point là de la syphilis banale acquise, connue dans la plupart de ses manifestations tant précoces que tardives. Celle-là en effet paraît seulement agir, au point de vue qui nous intéresse chez l'individu qui'en a été atteint, en le rendant apte à transmettre héréditairement un certain nombre d’altérations profondes. Ces altérations profondes constitueraient ainsi un véritable terrain pathologique. C’est sur ce type de syphilis transmise que nous devons attirer l’attention.

Pendant longtemps, on n’a connu au point de vue syphilis héréditaire que les manifestations évolutives à tréponèmes, constatées chez le nourrisson ou chez l’enfant, telles que le pemphigus congénital palmaire ou plantaire, les périostites, les plaques muqueuses, les fissures labiales contagieuses, la syphilis hépatique infantile, les méningites syphilitiques héréditaires, bref tous les accidents releyant de la transmission de la mère à l’enfant, ou du père à lenfant (quelle que soit l'idée qu'on se fasse de la syphilis conceptionnelle), d’un agent infectieux actif, virulent, le tréponème. Celui-ci

réalisera chez l’enfant les mêmes désastres qu’il peut causer chez ladulte. Les lésions dont nous venons de parler sont la conséquence de l’infestation directe de Penfant par ce parasite.

Peu à peu la notion est apparue que la syphilis héréditaire était susceptible de réaliser des accidents d’un autre ordre, et la notion des dystrophies infantiles d’origine hérédo-syphilitique a été bien mise en évidence par M. le P' Fournier et son école. C’est ainsi que Von a appris à ne pas considérer comme une simple malformation fortuite : les déformations du crâne, les aspects curieux des dents, les anomalies de la voûte palatine, de l'appendice xiphoïde, de l'oreille, des doigts, des orteils, etc..., bref tout ce qui porte actuellement le nom de stigmates de la syphilis héréditaire.

De plus, ce n’est pas seulement de simples aspects que paraît réaliser électivement l’hérédo-svphilis : au point de vue fonctionnel aussi, elle paraît jouer un rôle important dans la genèse de certain troubles du fonctionnement organique : les troubles gastriques des nourrissons, les vomissements habituels, le rachitisme, la débilité cérébrale. Ce n’est pas dire qu'elle soit toujours et seulement la cause de ces différents accidents, mais la sanction thérapeutique que conditionne sa connaissance, montre l'intérêt qui s'attache à cette notion.

M. le P'Hutinel (1) ensuite a attiré l'attention sur la

(1) Hurinez et SrÉvenIN. — Syphilis héréditaire et dystrophies. Archives de Médecine des enfants.

HuTiNEL. — Syphilis héréditaire et meiopragies, Archives de Médecine des enfants,1919.

LE oi PO

fréquence des altérations endocriniennes d'origine hérédo-syphilitique et à ce propos il écrit ce que rapporte récemment encore M. Grenet (1) : La syphilis héréditaire est encore responsable de nombreuses meiopragies, la meiopragie étant constituée non seulement par une circulation défectueuse ou par des lésions interstitielles ou parenchymateuses, mais encore par une diminution de vitalité des tissus qui les prédispose à retenir les germes morbides, à réagir sous l’influence d'infections banales ou spécifiques. Il s’agirait donc d'une vulnérabilité spéciale des glandes, vulnérabilité qui peut se manifester à l’occasion des causes les plus diverses ». Ne voyons-nous pas là s’éclairer la question du terrain sur laquelle nous avons déjà tant insisté ? Tous ces accidents d’ailleurs paraissent ressortir à deux ordres de faits étiologiques.

Dans un premier cas en effet ; il s’agirait d'accidents liés à une infection virulente, mais passagère, dont la manifestation clinique n'est que le reliquat (type dent d'Hutchinson par exemple).

Dans un deuxième ordre de faits, c’est en transformant primitivement les caractères organiques des procréateurs, en réalisant chez un porteur d’une syphilis acquise virulente, des troubles profonds du fonctionnement viscéral, que la syphilis paraît susceptible de transmettre héréditairement des caractères morphologiques anormaux et persistants (dents écartées, malfor-

(1) GRENET. — Sur quelques aspects de la syphilis héréditaire. Monde Médical, 15 septembre 1922.

OU

mation des oreilles), des altérations fonctionnelles des divers organes. |

Il paraît donc logique, étant donnée l’évolution des idées en matière de syphilis héréditaire, de concevoir que celte syphilis susceptible de remonter à une ou plusieurs générations est capable de créer, à côté des manifestations évolutives et actives d’une infection virulente :

1° soit une dystrophie organique quelconque tant au point de vue physique qu’au point de vue fonctionnel ;

2° soit électivement une dystrophie glandulaire endocrinienne, qu’elle frappe dans l’ensemble toutes les glan-des, ou qu’elle atteigne de préférence l’une d’entre elles (thyroïde, hypophyse, surrénale, ovaire, ete...).

M. Ravaut (1) insiste enfin en signalant qu’à côté des altérations viscérales, glandulaires, ou tissulaires, la SYphilis peut créer, chez les héritiers des syphilitiques une véritable {are humorale en rapport souvent avec des altérations Lissulaires ou glandulaires un terrain particulier sur lequel pourront prendre naissance si l’occasion se présente, les divers troubles que nous attribuons aujourd’hui à des phénomènes de sensibilisation.

Nous avons vu combien s’intriquaient les idées de déséquilibre humoral, d’altération endocrinienne, celle aussi de troubles du système neuro-végétatif. Quel que soit le trouble initial qui conditionne les autres, il n’en reste pas moins que la syphilis paraisse pouvoir agir par lune quelconque de ces altérations primitives.

(1) P. Ravaur, — « Syphilis héréditaire et phénomènes de sensibilisation » Presse Médicale,n 42, 26 mai 193.

LTÉE

Si, sans les opposer formellement, nous avons pu envisager deux types de syphilis héréditaire, l’une évolutive, active, virulente, l’autre au contraire peu exubérante, mais ayant modifié profondément l’organisme et ayant réalisé des caractères anormaux susceptibles de se transmettre de génération en génération nous n’avons pas voulu dire par là que tous les individus entachés de syphilis héréditaire puissent être rangés facilement dans l’une ou l’autre de ces classes. Il est facile en effet de se rendre Compte que suivant l’ancienneté de l'infection, suivant les rappels de virulence, les deux formes que nous avons envisagées sont capables de se mélanger, de secombiner pour aboutir aux types cliniques les plus confus.

Cette notion d’une syphilis dystrophiante rend compte d’autre part de la difficulté d'interprétation des réactions sérologiques qui tendent à faire actuellement la preuve de la syphilis.

On sait combien la réaction de Wassermann donne de résultats décevants, non seulement dans les vieilles syphilis acquises, où elle peut être négative avec un accident évident de syphilis évolutive, mais plus encore dans la syphilis héréditaire. Tous les auteurs ont insisté en effet sur le fait que, positive pendant les premiers mois de la vie d’un nourrisson hérédo-syphilitique évident, rapidement elle devient négative, mettant ainsi un terme aux recherches sérologiques (1).

(1) LEREDDE. — Essai sur le diagnostic de la syphilis héréditaire, Presse Médicale,n° 27, 4 avril 1923.

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Que si nous voulons chercher des réactions plus sensibles, nous aurons à notre disposition la réaction de Hecht, enfin la réaction de Desmoulières, mais ces réactions, du fait même de leur sensibilité, tendent à perdre de leur spécificité. Il sera donc bien difficile,en l’état actuel des choses, de conclure fermement de l’existence d’un Hecht ou d’un Desmoulières positifs.

Nous ne pourrions donc, en nous plaçant uniquement au point de vue sérologique, que tirer les conclusions suivantes : nier la syphilis parce que la Réaction de Wassermann est négative, ou l’affirmer parce que la Réaction de Hecht ou la Réaction de Desmoulières est positive ! Qui voudrait nous suivre dans cette voie ?

Tout cela n’a pour but que de montrer combien peu nous devons attendre d'arguments sérologiques, lorsqu'il s'agit d'affirmer une syphilis aussi peu virulente, aussi dégradée que celle qui nous occupe actuellement.

S'il nous est possible en effet d'affirmer la syphilis quand des réactions de Wassermann faites en série nous auront constamment fourni des résultats positifs, combien devrons-nous montrer moins de confiance quand seules les réactions de Hecht ou de Desmoulières seront positives. Cette positivité peut traduire un trouble humoral quelconque, sans qu’il soit nécessaire que ce trouble soit lié à la syphilis.

D'autre part, cette syphilis dystrophique n’est pas de celles qui réalisent les conditions d’une réaction de Wassermann positive. Certes nous pourrons avoir ce renseignement important, mais il montrera ‘seulement qu’as-

sociée à une dystrophie héréditaire évolue parallèlement, une syphilis plus virulente.

Nous terminerons ce chapitre en signalant un fait qui tend à bien montrer la transmission possible d’une malformation acquise chez un procréateur :

Nous connaissons un enfant dont la lèvre inférieure est congénitablement déformée dans sa moitié gauche par une légère tuméfaction la rendant dans l’ensemble asymétrique. Le père de cet enfant présente une lèvre inférieure épaisse, mais régulière. Quant au grand-père paternel, étant enfant, il est tombé accidentellement sur la dent d’une herse. Celle-ci a pénétré dans la lèvre et créé la déformation cicatricielle qui a été transmise en sautant une génération.

Ne peut-on pas concevoir que ce qu’a réalisé un simple traumatisme qui a créé un élément morphologique nouveau dans une famille, puisse être réalisé par une infection aussi virulente, aussi tenace que la syphilis ? Ne peut-on ainsi concevoir qu'elle puisse perpétuer dans plusieurs générations successives, les altérations organiques qu’elle a réalisées chez l'ancêtre primitivement atteint ?

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