M. P., cité par Weaver, pp
autres ; enfin le récent voyage du gendre avait coûté quinze cents dollars au beau-père. Melville ne pouvait, décemment, pas plus compter sur la famille que sur les éditeurs.
Il pensa, d’abord, collaborer à une revue ; mais il ne semble pas avoir retenu ce projet :. Il eut ensuite l’idée de faire des conférences. Un passage de J. E. A. Smith, son contemporain, nous renseigne sur cette mode bien américaine, qui s’est depuis répandue sur le monde :
« Entre 1857 et 1861, une rage de conférences publiques s'était « emparée de tous les Etats du Nord et de l'Ouest. A Pittsfield, la « vieille salle Burbank (qui est maintenant le garage Mead) voyait « au moins une fois la semaine les mille sièges et plus qu’elle con- <« tenait totalement occupés par un auditoire ardent et intelligent, « venu entendre les plus brillants orateurs de la nation. (Il n’y aurait € pas lieu de regretter le retour d’une pareille fièvre.) Non seule- « ment les orateurs, mais certains des auteurs les plus connus se « décidèrent à monter sur l’estrade, tant pour les larges honoraires « qu’ils recevaient directement que pour l’accroissement de publicité « que leurs livres obtenaient ?. »
Melville, résigné à tout, décida de suivre la mode. À George Duyckinck, qui lui offrait un engagement à Jersey City, il écrivit :
« Je serais heureux d’aller discourir là-bas — où n'importe où, si < on veut me rembourser mes frais et me donner des honoraires con- « venables. Je suis prêt à discourir au Labrador, ou dans la Terre « de Désolation, au large de la Patagonie ÿ. » :
Smith lui-même, malgré sa haute estime pour le public des conférences, reconnaît :
« Il ne prit pas un goût très vif au métier de conférencier ‘. »
Melville, en tout cas, prépara trois conférences : « La Statuaire à Rome, « Les Mers du Sud », « Le Voyage », et, pendant trois hivers, alla de ville en ville, malgré le froid, l’inconfort et une santé précaire. Sans sourciller, il répétait l’une ou l’autre de ces compositions à des auditoires provinciaux qui tenaient surtout à voir
1. Melville fut invité par F. H. Underwood adjoint de Lowell, à collaborer à « L’Atlantic Monthly ». Sa réponse, favorable en principe, a été retrouvée par M. J. H. Birss, et publiée dans N et Q., vol. CLXVII, p. 223, juillet-décembre 1934.
2. Smith, p. 15, reproduit par Weaver, p. 369. 3. D. C. H. Melville à George Duyckinck, 20 décembre ? cité par Minni, p. 188.