Voir Smith, p
l’empêcha de se mettre à l’ouvrage comme il l’eût voulu, et l’on peut croire M. Weaver qui nous dit
« Les dernières années à Pittsfield, et les premières années à New- < York, furent, financièrement, peut-être les plus dures de la vie de « Melville. Sans la générosité du père de sa femme, il eût été dans < l’indigence !. »
Toute l’année 1864, il demeura dans sa nouvelle maison, incapable d'action, et sans doute même de travail intellectuel, souffrant sans doute d’une guerre qui affectait tous les siens et dans laquelle 1} ne pouvait rien.
Ce n’est qu'en 1865 qu’il réalisa les projets apparemment conçus un an et demi plus tôt, et qui pouvaient, semble-t-il, d’une part l’âider à rétablir sa situation financière, de l’autre renouer entre l’opinion et lui des liens depuis longtemps défaits. IL composa son recueil de poésies Battle-Pieces and Aspects of the War. Quelques pièces étaient déjà écrites. Mais c’est en avril, après la prise de Richmond, qu’il se mit à travailler de manière suivie?. Ce fut un livre de guerre, mais ce ne pouvait être un livre de partisan. Melville, qui, par un sentiment inné de la justice, avait toujours condamné l'esclavage ; qui, homme du Nord, devait nécessairement se réjouir de la victoire des siens ; qui, ayant mis autrefois de grands espoirs dans l’Union, aurait été profondément affligé de la voir se rompre, rendait pleinement justice au courage des Sudistes. Son livre était l’appel qu’un homme du Nord humain pouvait faire à ses compatriotes vainqueurs, les exhortant à se montrer magnanimes dans la victoire, et à « reconstruire > le Sud, sans traiter une partie de la Nation comme un pays conquis sur lequel on exerce des vengeances. C'était l’opinion à la fois d’un patriote et d’un juste. Elle n’avait rien qui pût choquer ce peuple généreux que Melville, comme Whitman, avait cru voir soudain se révéler. Il nourrissait assurément quelque espoir quand il porta son manuscrit chez les Harpers, qui s’engagèrent à l’imprimer.
Hélas, les événements allaient, une dernière fois, décevoir Melville. Avant même que le livre fût sorti des presses, on pouvait voir la maigre amnistie, proposée par le nouveau Président Johnson, combattue avec acharnement ; le « bureau des affranchis », destiné en principe à protéger les nnirs, devenir une machine de guerre contre