‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 107 sur 327 · CHÈRE KATE · texte numérisé non relu

CHÈRE KATE

« Je vous ai écrit le genre de lettre qu'Herman pouvait voir. Mais

‘je veux que vous sachiez combien il m’est périble de l’écrire et

aussi de vous donñer la vraie raison. La vérité, c’est qu'Herman, le pauvre, est dans un état de nervosité si effroyable, et particulièrement en ce moment, avec un tel poids supplémentaire sur l’esprit, que j'ai littéralement peur de recevoir qui que ce soit ici, de crainte de le bouleverser complètement, et de ne plus être capable de poursuivre l’impression. Il n’a pas voulu recevoir, ici, même ses propres sœurs, et j’ai dû écrire en ce sens à Augusta avant qu’elle ne quitte Albany — c’est la raison pour laquelle elle a modifié ses plans, et est allée chez Tom. Si jamais cet affreux incube qu’est un livre ( je l'appelle ainsi, car il a miné tout notre bonheur), libère

« les épaules d’Herman, j'espère que sa santé mentale sera meilleure.

« Mais en ce moment j'ai le motifs les plus graves d'inquiétude et « d’anxiété à ce sujet — pour parler en termes atténués — je vous « en prie, n’en parlez pas — vous savez comment on exagère de telles « choses, et je vous en dirai plus long quand je vous verrai, — ce qui, « j'espère, sera avant longtemps, — vous savez combient j'aime vos « visites. — Et je compte sur votre affection pour nous (pour ne pas « dire votre bon sens) pour prendre ceci comme il faut et ne vous « sentir nullement blessée. Ayez plutôt pitié de votre cousine qui vous « aime et priez pour elle.

« LiZzZie :. »

C’est ici que la décision de Melville prend un aspect inhumain. Aux indifférents, il refusait toute concession. À sa mère et à quelques parents, il accordait des lettres et des visites. À sa femme et à ses

Page 1