‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 111 sur 327 · Voir chap. 1, sect. II · texte numérisé non relu

Voir chap. 1, sect. II

3. Voir dans Braswell, chap. 1x, une discussion des annotations de Melville sur ces exemplaires de Schopenhauer.

<#l 4. Voir plus haut lettres à Billson. Melville, dit expressément le 22 janvier : 1885 : « Quant au pessimisme, bien que n’étant ni pessimiste, ni optimiste moi-même, néanmoins je le goûte beaucoup en poésie. »

bien des vicissitudes encore, depuis 1857. Mais il semble bien que les tourments éprouvés aient été surtout le fait de la maladie. Spiriiuellement, et quelle que püût être encore, parfois, sa nervosité, il était apaisé depuis son retour de Terre Sainte.

Ce retour à la sérénité se manifesta surtout par les œuvres qu’il composa. Toute sa vieillesse fut active, et rien n’est plus faux que de tenir ces écrits de la fin de sa vie pour le verbiage incessant d’un vieillard qui, son génie disparu, ressasse éternellement des problèmes déjà traités à des époques plus brillantes. Dès longtemps, Melville avait le sentiment que quelque chose, en lui, méritait d’être dit. Jugeant qu’il avait enfin trouvé une voie acceptable, après avoir longuement et douloureusement tout essayé, dans une acceptation consolante à l’heure la mort, il entreprit de confier au papier l’histoire de ses luttes, de ses tentatives, et de ses résultats. Il écrivit Clarel, qui, bien souvent, laisse au lecteur une impression d’amertume, mais qui, à l’inverse de Pierre, reflète des souffrances rétrospectives plus que des tourments actuels. Ce long pèlerinage ne fut imprimé qu’en 1876. Mais il était achevé depuis longtemps déjà. Nous avons dit que, selon nous, Melville y travaillait plus ou moins avant même son retour à New-York !. Les années qui suivirent son entrée à la douane lui furent consacrées. Lentement, l’œuvre prit des proportions gigantesques. Il semble bien que Melville, de son vivant, la lenait pour une de ses productions essentielles, et considérait son achèvement comme le terme de la grande lutte qu’il avait menée. Peter Gansevoort, peu fait pourtant pour comprendre les sentiments de ce neveu qui avait dû tant de fois le décevoir, se rendit compte de l’importance que le livre avait pour lui. Avant de mourir, voulant lui laisser un souvenir durable, il fit imprimer à ses frais un ouvrage que, sans doute, il n’avait pas même essayé de lire. Il parut en 1876, et passa tout à fait inaperçu ?. Melville n’en fut nullement affecté. Il écrivait en dehors du temps, et seul comptait pour lui le sentiment qu’un jour, lointain sans doute, quelques lecteurs à venir comprendraient son message.

Bien d’autres poèmes, brefs cette fois, et dont la date est difficile à préciser, furent écrits dans ces longues années de solitude. Sou-

1. Voir livre I, chap. vi, sect. IT ; aussi livre IT, chap. var, sect. III.

2. Melville avait même voulu que son nom ne figurât pas sur l’ouvrage ; il ne se résolut à l’y mettre que sur les instances de sa femme. (D. C. lettre d’El. Melville à Cath. G. Lansing, 22 avril 1876, citée par Paltsits, p. 36). Signe que Melville tenait, de manière purement désintéressée à communiquer sa pensée à quelques inconnus.

venirs, encore un peu amers, de Grèce et d'Italie ; évocations mélancoliques des lointaines années de navigation ; méditations inspirées par le regret de la campagne et de la verdure ; divertissements d’érudit, teintés d’épicurisme ; modestes vignettes, tracées au hasard des lectures ou de la mémoire. La répartition fut faite par Melville lui-même, qui tria ses poèmes d’après leurs affinités, en vue d’une éventuelle publication. Mais il est vraisemblable que, selon l’humeur du moment, la mer, l'Italie, les prés des Berkshires, les agapes des joyeux philosophes et le plaisir des lettres ont retenu tour à tour son esprit. On ne cherchera pas à trouver, dans ces poèmes assez divers, l’évolution d’une pensée et l’on ne retiendra qu’une impression générale de sérénité toujours croissante. Clarel montrait le chemin de la guérison. Les poèmes divers en font voir le bénéfice. Et Melville voulut qu’au moins quelques esprits pussent profiter de son expérience : tout à la fin de ses jours, à ses frais, il fit éditer, à vingt-cinq exemplaires seulement, deux plaquettes qui groupaient certains de ces poèmes. John Marr (1888) rassemblait les impressions marines, Timoleon (1891) les souvenirs méditerranéens :. Le reste eût été sans doute révélé à son tour à quelques initiés, si la mort n’avait interrompu Melville. Il dut être consolant, en tout cas,-pour Elizabeth Melville, quand elle rangea ces papiers de son mari, de trouver prête à paraître la petite liasse des poèmes qui évoquaient Arrowhead : pour la première fois, en tout près d’un demi-siècle, un ouvrage de Melville était dédié à « Lizzie » ?.

Ces poèmes épars ne sont pas, cependant, l’ultime travail de Melville. Avant de mourir, il écrivit ce Billy-Budd qui ne devait voir le jour qu’en 1924 * et où l’on a coutume de voir son testament. Melville revenait à la prose, et cette prose était le suprême souvenir donné à une vie lointaine et embellie par l’éloignement. La philosophie, en même temps, s’y faisait plus explicite : ouvertement, Melville prêchait la résignation au destin et proclamait sa confiance en un au-delà meilleur. La mort pouvait venir maintenant : le long périple spirituel était fini, et le port longtemps cherché venait d’apparaître. |

Page 1