‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 119 sur 327 · Rollin (Dr). Les Iles Marquises, Paris · texte numérisé non relu

Rollin (Dr). Les Iles Marquises, Paris

&. Radiguet (M.). Les Derniers Sauvages, 17e édit., 1 vol. Paris, 1860. Réédition, 4 vol ill., vr1-240 pages, Paris, 1935.

même, quand il s'efforce d’être d’abord ethnographe. Forêts, lagons, temples, habitations, si exactement qu’en soient tracés les contours, sont enveloppés dans Typee d’un voile de poésie qui les rend émouvants, alors que Radiguet est seulement pittoresque. Voici un bois

sacré décrit dans Les Derniers Sauvages :

« Le sacristain de la mission se souvint en effet que, tout au fond de la vallée de Vaitahu, il existait un petit fourré dont les insulaires n’approchaient qu'avec inquiétude. Souvent même, dans ses promenades, il avait vu les indigènes qui l’accompagnaient faire un long cireuit pour éviter l’endroit mystérieux, et quand il avait voulu en connaître le motif, on s’était berné à lui répondre par ces mots : Tapu! Mate! Mate! » qu’on peut traduire par défendu sous peine de mort. »

En voici un pareil évoqué par Melville :

« Le caractère sacré du lieu semblait n’avoir jamais été violé. La sérénité de la tombe était là, et la calme solitude qui l’entourait était magnifique et touchante *. »

On sent tout de suite un mystère, une poétique angoisse, qu’on avait pas trouvés chez Radiguet, et qui laisse s’attarder longuement

en nous le souvenir de ce bosquet funèbre. Il en est de même partout.

Les scènes indigènes sont peintes avec une grande exactitude par Radiguet. Mais, chez Melville, elles semblent former des fresques. Voici comme Radiguet décrit une pêche aux flambeaux

KQ

« Alors, durant les nuits sans lune, on voit courir sur l’eau une cinquantaine de pirogues portant à la proue une énorme torche flamboyante ; de loin, on dirait des régates de saiamandres ; elles s’avancent à l’entrée des baies, se rejoignent et rentrent processionnellement, conduisant à leur suite le poisson vers certaines parties du rivage où la population rassemblée les prend au filets. »

Melville évoque ainsi la même scène :

« La lueur sauvage de ces flambeaux énormes, illuminant d’un hallucinant éclat les recoins les plus secrets de la vallée, et qu’on voyait se mouvoir vivement sous le dais de feuillage ; le hurlement insensé des messagers surexcités qui annonçaient leur approche, et à qui l’on répondait de partout ; et l’apparence étrange de leur

1. Radiguet. Les Derniers Sauvages. Éd. 1935, p. 32. 2PETypee ip 231:

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