OM
Les aventures racontées dans Omoo : font suite à celles de Typee. Pourtant, la méthode employée n’est plus tout à fait la même. L'action tient dans ce second livre plus de place. Elle s’interrompt parfois encore un instant; mais d'ordinaire, descriptions, portraits ct réflexions lui sont intimement mêlés. Raconter Omoo est donc assez facile : quelques événements saillants suffisent à marquer les divisions. Nous résumerons le livre en nous guidant sur ces arrêts naturels, et non sur la séparation factice qui le coupe arbitrairement en deux parties.
Le « Tommo » de Typee vient, non sans mal, de quitter la vallée. Une embarcation le mène à son nouveau navire. C’est la Julia, baleinier de Sydney, vieux petit navire délabré qui depuis des mois, court sans succès le Pacifique. On sent tout de suite qu’à bord les choses ne vont pas bien. Le capitaine Guy est un jeune homme maladif, faible et poltron. L’unique lieutenant, Jermin, est le vrai chef ; il est bon marin, malgré sa routine, mais alcoolique et brutal. L’équipage, réduit par les désertions et affaibli par le scorbut, est formé de sacripants que seule la poigne de Jermin retient à peu près dans le devoir. Mais l’un d'eux est vraiment pittoresque : c’est le Docteur Long-Ghost. Ce bizarre aventurier est cultivé; il a été riche ; il a énormément voyagé. Il était jadis médecin du bord ; brouillé avec le capitaine, il a donné sa démission, et termine le voyage comme passager, dans une oisiveté narquoise ; il vit avec les hommes, populaire auprès d’eux ; même le surnom de « Grand Fantôme », dû à sa taille et à sa maigreur, est affectueux dans leur bouche. La Julia qui cherche des hommes d’équipage, n’a trouvé à Nuku-Hiva que Tommo, que ses nouveaux camarades appellent maintenant « Typee ». Elle lève l’ancre pour l'île de Tahuata, où Jermin croit être plus heureux. Dès le départ, une bataille entre le lieutenant et le charpentier achève d'éclairer Typee sur Pétat de la discipline. À Tahuata la situation se précise encore : de ce qui reste de marins, la moitié déserte, et il faut l’appui d’une corvette mouillée en rade pour ramener les fugitifs. Jermin n’insiste pas, et se rend à Hiva-Hoa ; mais il n’a guère plus de succès, et les spectacles