‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 129 sur 327 · La Polynésie, op. cit., chap · texte numérisé non relu

La Polynésie, op. cit., chap

pas de leurs devanciers. Mais il n’y avait pas, au point de vue artistique, de changement véritable. La seule nouveauté importante fut louvrage documentaire, qui n’a plus la forme chronologique du journal de bord, mais vise à étudier géographie, ethnographie, histoire, économie, qu’il mêle d’ailleurs de souvenirs et d’anecdotes personnelles. Il était naturel que ces livres fussent écrits : désormais, les marins de passage n'étaient plus seuls à visiter la Polynésie. D’autres Occidentaux, missionnaires, aventuriers et marchands, connaissaient maintenant les îles, et y séjournaient. S'ils publiaient leurs observations, ils se devaient d'adopter cette forme plus commode. Ainsi écrivirent en Angleterre William Ellis, en Amérique le chapelain Stewart, en France Domeny de Rienzi et le Père Mathias Garcia :. Mais le mérite littéraire de leurs ouvrages touffus est mince, à l’ordinaire. Ce sont des mines de renseignements utiles. Toute pensée d’art en est absente. Le plus intéressant est peut-être, malgré tous ses défauts, l’ouvrage de Mariner sur les Tonga. Mais l’artiste véritable, dont le talent devait animer les observations, manquait encore.

Il fut donné à Melville d’être cet artiste. Typee est vraiment le premier roman que la Mer du Sud aït inspiré, et la chance a voulu que celui qui avant tous les autres s’essayât à ce genre nouveau eût les dons d’un grand écrivain. Une intrigue passionnante soutient notre intérêt, intrigue d’autant plus séduisante qu’elle fut tout à la fois vécue, et embellie par une main experte. Une poétique histoire d’amour nous émeut. Une amusante galerie de portraits bien tracés, une suite de paysages frais et vivants, une foule de détails volontairement pittoresques nous intéressent au passage, et un style harmonieux nous charme constamment. Certes, déjà la Polynésie était à la mode. Mais la surprise du public dut être vive : outre les charmes escomptés, il en trouvait dans Typee une foule d’autres qu’il n’attendait pas. Omoo et lui contiennent à peu près tous les thèmes dont, pendant près d’un siècle, useront les successeurs de Melville. Les décors sont ceux que peindront Loti et Stevenson ; Rarahu n’est que la sœur cadette de Fayaway. Les rites mystérieux que Melville entrevit sont ceux-là même qu’évoque Victor Segalen. Le déclin tragique de la

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