Mumford, p
C’est à juste titre, avons-nous dit, que le lecteur ordinaire est séduit
par le décor. Quelques exemples montreront les raisons qui le rendent
si
attrayant. On trouve d’abord, dans Redburn, une évocation sobre
des éléments, qui nous émeut : jamais, en effet, elle n’est l’œuvre d’un
artiste qui, palette en main, s’exerce à peindre une marine. Mais elle
est faite des émotions, douces ou angoissées, que les paysages im-
priment à une Âme d'enfant. Une pluie monotone qui tombe sur un
bateau de rivière est évoquée en ces termes
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« Je tournai les talons et, chargeant sur mon épaule ma carabine et mon baluchon, je m’en allai sur le pont, que j’arpentai au milieu du triste orage, jusqu’à ce que je fusse trempé, et que le bateau touchât le quai de New-York.
« C’est cela, l’enfance ! ! »
Voici l'Océan, dans sa majesté paisible :
« Tout autour de nous, des deux côtés du navire, en proüe et en poupe, nous ne voyions que de l’eau — de l’ezu — de l’eau. Pas une aperçue de vert rivage; pas la plus petite île ; pas une tache de mousse, nulle part. Jamais je n’avais senti jusqu'alors ce qu'était l'Océan : comme il est grand et majestueux, comme il est solitaire, comme il est sans limites, comme il est beau, comme il est bleu ?. » Et voici un coup de grosse mer, survenant quand l’épidémie ravage navire
« Le matin du sixième jour, le mauvais temps se mua en un ouragan, devant lequel il nous fallut dénuder le navire, au point de ne Jui laisser qu’une voile d’étai. Le Highlander montait et retombait comme une vaste bouée sur l’eau. Des cris perçants et des lamentations étaient emportés sous le vent, et se noyaient dans le rugissement des rafales sur le gréement, tandis que nous abandonnions à l’ouragan les cadavres noircis de cinq nouvelle victimes ?. »
Les créations humaines, villes, ports et navires, ne sont pas évo-
quées avec moins de force. La précision du détail est parfaite, et