WHITE JACKET
Redburn contenait encore une intrigue. White Jacket :, écrit aussitôt après, et paru au début de 1850, est seulement la chronique au jour le jour de la vie à bord d’une frégate, où se mêlent les réflexions de l’auteur sur les institutions et les hommes. Donc, s’il était possible, encore, de raconter Redburn, White Jacket défie toute analyse, On nous excusera de ne rien tenter de pareil, et de ne pas reproduire le « beau désordre » qui fait un des charmes d’un ouvrage de cinq cents pages, mais rendrait inintelligible un compte rendu.
A l’image du monde, un équipage est composé d'individus, dont les caractères, bons ou mauvais, subissent l’empreinte de leur métier. Les cinq cents hommes de la frégate « Neversink » sont ainsi : les canonniers sont maussades, et les gabiers joyeux. Toute une partie de White Jacket est consacrée à des portraits, où se mêlent les traits individuels et ceux qui tiennent à la fonction.
On voit les officiers d’abord. Le Commodore est inaccessible et solennel. Il n’a rien à faire, puisque son escadre est dispersée, mais il tient, faute de mieux, à contrôler ce qui se passe sur son unique navire. Le Commandant est un potentat rubicond, qui peut-être n’est pas méchant, mais, sujet aux caprices, veut parfois brusquement témoigner son autorité. Pourtant, dans les circonstances graves, sa supériorité ne semble pas éclatante. Parmi les autres officiers, les plus remarquables sont : le premier lieutenant, chargé de faire exécuter tous les ordres, et dont le matelot White Jacket sentira toute la dureté ; Selvagee, le jeune freluquet attiré dans la marine par la beauté des uniformes : il a des connaissances théoriques, mais nul n’a confiance en lui, pas même lui-même. Mad Jack, le vrai marin, qui boit, qui jure, qui punit, mais que tout le monde aime au fond, parce qu’au jour du danger, il donne de sa personne, et sauve le navire en péril, par son courage et sa présence d'esprit ; le professeur, savant officier à lunettes, chargé
INSEE E: VI:
de l'instruction des midships ; l’aumônier, pasteur disert, dont les sermons dominicaux, appréciés du Commodore, laissent les hommes placidement indifférents ; le docteur Cuticle, enfin, chirurgien-major de l’escadre, sexagénaire chétif, mais de haute réputation, dont le bonheur est de réaliser une belle opération, en dissertant agréablement devant ses subordonnés, les chirurgiens des autres navires.
Viennent ensuite les « warrants officers », comparables à nos officiers des équipages : maître d'équipage, maître charpentier, maître canonnier, maître voilier. Ils ne sont pas des gentlemen, forment un mess séparé, et subissent le mépris de leurs collègues, sans doute parce qu’ils connaissent leur métier. Puis ce sont les midshipmen ou aspirants, jeunes garçons de bonne famille, mais ignorants, vaniteux et bruyants. Ils n’ont rien à faire, mais croient à leur importance. Le premier lieutenant les mène rudement ; mais ils prétendent, eux, au respect des hommes, et ont la punition facile. L’un d’eux en particulier se distingue : c’est Mr. Pert, à la voix perçante, qui, dans les nuits du Cap Horn, ne peut s’aventurer sur le pont sans être furtivement bombardé de boules de neige. Au-dessous d’eux sont les sous-officiers, capitaine d’armes, sergents d’infanterie de marine, fourriers, « yeoman » ou dépensier, et une foule d’autres fonctionnaires obscurs que le matelot découvre chaque jour avec surprise.
Les autres, y compris les « boatswain’s mates » et les « captains of the top », forment ce qu’on nomme avec dédain « les hommes ». Cette foule est à l’image du monde. On y trouve toutes les professions : le navire de guerre n’est-il pas une ville, qui a ses avenues, sa place d’armes et son palais ? On y rencontre des hommes de toute provenance, et Hogarth le savait déjà, qui avait dit : « La Mer ou la Potence ». Peu sont Américains, car le libre citoyen est trop fier pour se plier à l’asservissement. Mais l’on voit des Anglais, des Espagnols et jusqu’à des esclaves de couleur. On coudoie les terriens honnêtes et sans compétence, à côté de repris de justice et de fils de famille dévoyés. L'état moral de tout ce monde n’est pas remarquable : le vol est chose courante à bord, et la fraude au mouillage, et l’ivrognerie ; la haine d’un échelon à l’autre, la jalousie au même échelon se voient partout. Et pourtant, dans cette foule méprisable, les individus sympathiques se rencontrent, comme ailleurs. C’est Lemsford, le poète, qui, malgré les moqueries, parvient à dissimuler sa boîte à manuscrits. C’est Nord, l’ermite, méprisant, bien élevé et secret. C’est le vieil Ushant, matelot resté candide et loyal après quarante ans de services. Cest enfin l’incomparable Jack Chase, le quartier-maître gabier, beau,
brave et généreux, dont le nom revient presque à chaque page. Il a eu comme tant d’autres son moment de faiblesse, et, un temps, il a déserté. Il connaît, lui aussi, la déformation professionnelle, et, comme les autres, devient cruel quand il parle de batailles. Mais ses admirables qualités lui font tout pardonner. Il montre qu’à bord comme à terre la vertu la plus haute peut fleurir au milieu du vice.
Tous ces hommes nous sont présentés en action, dans mille petites scènes qui nous montrent la vie à bord. Nous les voyons au repos, s’assurant un maigre confort. Le marin n’a pas d’uniforme, et s’habille lui-même, tant bien que mal. Il dispose de peu de place : dans le sac, qu’il ouvre une fois par jour, sont enfermés tous ses biens terrestres. Le sommeil serait son bien le plus cher, s’il ne fallait dormir à cinq cents dans le même entrepont, et si tous les stratagèmes essayés pour avoir un peu de place n'étaient inutiles. En outre, le matelot n’a pas le temps de dormir : une nuit sur deux il fait huit heures de quart, et pourtant, même après ces nuits blanches, doit, dès huit heures, avoir rangé son hamac. Les heures des repas sont absurdes : le matelot qui travaille doit parfois rester seize heures sans manger ! La nourriture est suffisante, mais peu variée : le bœuf et le porc salé alternent uniquement. Il est vrai qu’il y a, certains jours, des régals exceptionnels, comme ce « dunderfunk » qui mêle le biscuit, le gras de bœuf et la mélasse ; il est vrai aussi que, traditionnellement, les hommes ont droit chaque jour au quart de rhum. Les distractions du bord ne sont pas abondantes : d’ordinaire les heures de repos se passent en travaux de couture, en récits ; on lit les quelques romans défraichis qu’on trouve à bord. Restent le plaisir, discutable, de se soumettre au tatouage, celui d’arborer les vêtements de sortie, aux heures de repos, pour se pavaner sur le pont, et, surtout, la rêverie dans la hune. Le dimanche, il y a bien un service religieux obligatoire : mais on ne le tient guère pour un plaisir. Parfois des jeux sont donnés sur le pont, plus brutaux que divertissants. À part cela, les plaisirs licites sont rares. Il faut une occasion comme le 4 juillet pour que le Commandant permette une représentation théâtrale et un long séjour sur une rade, comme pour que soit accordée la suprême faveur : la descente à terre.
Pourtant le sommeil, le mess, les distractions, ne tiennent pas, dans
la vie des hommes tant de place que le travail. Il occupe le plus clair de leur temps. I1 y a la manœuvre, d’abord, qui débute, à l’appareillage, par les innombrables préparatifs, la marche scandée autour de l'énorme cabestan, et la montée des lourdes voiles, hissées en cadence dans toute la mâture à la fois. Ces manœuvres d'ensemble, demandant une masse d'hommes imposante, ne sont pas fréquentes : d'ordinaire, c’est une voile ou l’autre qu’une équipe doit hisser ou larguer. Mais on ne laisse pas pour cela l’équipage inactif. Les corvées de lavage, d’astiquage, les rassemblements sont constants. Et il existe à bord des exercices plus particulièrement militaires. Ainsi le branlebas de combat, qui a lieu périodiquement, parfois la nuît. En cinq minutes les munitions doivent être distribuées, et les matelots à leur poste. Les officiers sont, réglementairement, en grande tenue, et toutes les vergues sont garnies de voilures neuves. On fait le simulacre de charger les pièces, celui de repousser un abordage : exercice passablement différent de la réalité, mais presque aussi désagréable. Si l’on est sur rade, on passe le temps à observer les prescriptions du cérémonial militaire : des saluts sont échangés avec la terre ; des honneurs compliqués rendus au Commodore et au Commandant. Puis, il arrive que l’escadre soit assemblée : son chef alors, fièrement installé sur la poupe de sa frégate, fait manœuvrer tous ses navires par signaux, ordonnant de virer, de mettre en panne, de carguer ou de déferler toutes les voiles à la fois. C’est un véritable tournoi de vitesse entre les unités, et les officiers se passionnent à ce jeu. Le matelot, lui, ne prend que peu de plaisir à ce sport fatigant. Mais sans doute la Marine connaît-elle les proverbes : c’est par terreur des vices qu’elle pourchasse leur mère, l’oisiveté.
Il y a plus triste, pourtant, dans la vie du marin : c’est l’absence de liberté, la soumission à une discipline capricieuse et absurde. Ainsi, un matelot n'ayant pu obtenir la permission d’aller à terre, essaya de s’y rendre à la nage : implacable, la sentinelle tira, et lui cassa une jambe. Ramené à bord, l’homme fut confié au chirurgien Cuticle, qui ne se refusa pas le plaisir d’une belle amputation. Malgré les protestations du malheureux, et les timides remontrances des médecins en sous-ordre, Cuticle s’obstina, et le matelot, qui ne demandait qu’à vivre, mourut sous son bistouri. Il ne restait plus qu’à le coudre dans une vieille voile, à le jeter cérémonieusement à la mer, et à vendre aux enchères les pauvres objets qui avaient été les siens. Il y a, surtout, la perpétuelle humiliation d’être exposé, fût-ce après la plainte d’un midshipman de seize ans, à la distribution réglementaire des douze
coups de chat à neuf queues, en présence des officiers et de l'équipage assemblés. Plusieurs fois, la scène se répéta lors de la traversée du « Neversink ». La première, ce fut à la suite d’une rixe à laquelle quatre joyeux marins avaient pris part. Deux n’avaient fait que se défendre, et l’un n’était qu'un enfant. Mais le Commandant fut inflexible : le malheureux, hurlant de douleur, le dos zébré, dut subir le châtiment jusqu’au bout ; on l’emporta évanoui. Un autre jour, White Jacket lui-même, le héros du livre, faillit subir le supplice ; finalement, un caprice du Commandant, ordonnant à tous les hommes de se raser, causa la punition du vieil Ushant qui, malgré quarante ans de bons services, reçut les douze coups parce qu’il avait refusé de sacrifier sa barbe blanche.
Cette vie à bord, dont tant de côtés sont pénibles, est le résultat d’un système, qui appelle de vives critiques. Le recrutement des hommes, d’abord, doit être incriminé. Le sort lamentable des matelots oblige à composer les équipages d'hommes peu recommandables, auxquels on ne peut guère demander de patriotisme. Améliorer leur sort, serait s’assurer des serviteurs plus zélés. Le choix des officiers n’est pas meilleur : ils commencent pas être des midshipmen, enfants gâtés, auxquels on confie brusquement une absurde autorité, dont les connaissances techniques laisseront toujours à désirer, et qui, dès leur arrivée, acceptent religieusement des préjugés qu’ils garderont toute leur vie. Aussi, beaucoup d'officiers sont incapables. Les conditions d'avancement accroissent encore le mal. Un Commandant, le plus souvent, doit son poste ou à la démarche d’un politicien, ou simplement à l’ancienneté. Pourquoi le matelot de réelle valeur ne deviendrait-il pas officier ? Il peut être élu président des Etat-Unis, sera-t-il toujours jugé indigne d’une épaulette ?
Le régime pratiqué à bord aggrave encore ces vices. Parmi les officiers règne une puérile vanité, sans rapport avec le bien du service. À quoi bon ces honneurs interminables rendus aux chefs ? Pourquoi cet esprit de caste qui fait mépriser le vieil officier des équipages par le jeune lieutenant ? Pourquoi ces exercices absurdes, ces simulacres d’abordage, ces courses de vaisseaux, ces tournois d’élégance dans la manœuvre ? Et l’idée, que des combats dépend en partie leur avancement mène les officiers à souhaiter ouvertement des guerres
et des carnages. Est-ce un état d’esprit dont on puisse être fier ? Quant aux hommes, ils souffrent, malgré toutes les précautions, de ce vice capital, l’oisiveté. On s’ingénie à les occuper, on les harcèle. Ils sentent bien pourtant que ces travaux sont frivoles, et si leurs bras sont actifs, leurs cerveaux oisifs subissent bien des tentations. On augmente leurs vices par la façon dont on les traite. La présence de soldats de marine chargés des besognes de police, est une misérable application du principe : « diviser pour régner ». La multiplicité des fautes possibles, et des punitions encourues, rend les marins sournois. Enfin, l’existence de châtiments corporels, infligés sans contrôle, enlève aux hommes toute dignité. Le fouet punit, sans discernement, n'importe quelle faute. Il est infligé avec une fréquence extrême, et souvent par caprice : sa valeur morale est nulle. Il est anticonstitutionnel, puisque dans ce pays, régi par l’Habeas Corpus, des citoyens sont sans explication condamnés par un pouvoir purement exécutif. Et il est inutile, puisque dans le passé, d’illustres amiraux anglais s’en sont dispensés. On dit que sa suppression serait imposible en Amérique. Qu’en saiton ? Une réforme générale, amorcée par cette suppression, amènerait sans doute une discipline plus sûre, parce que librement consentie. Et quand bien même la discipline en serait affectée, le mal serait encore moins grand que la dégradation présente. « Périssent les colonies plutôt qu’un principe » disaient les Constituants de 1791. «. Plutôt la ruine de la Marine que le maintien du fouet », semble conclure White Jacket.
Au fond, tout le mal vient des terribles et sacro-saints « Articles of War », ce code de Justice Maritime où sans cesse viennent les mots : &« La Mort », et qu’on lit solennellement aux marins assemblés. Il est copié sur les règlements anglais du temps de Jacques II, le souverain le plus ignoble qu’ait connu l’Angleterre. Est-ce donc à la libre Amérique de suivre, en ce qu’ils ont de pire, les exemples d’un pays dont elle a renié la tyrannie ? En même temps que le fouet, ce sont les « Articles of War » qu’il convient d’abolir. Ainsi sera commencée l'œuvre qui fera de la Marine une institution démocratique et digne de la Nation.
Galeries de portraits, scènes de la vie à bord, chapitres de polémique se succèdent tout au long du livre. Il a son rythme pourtant, marqué
par les incidents survenus au héros de l’ouvrage, à ce White Jacket qui égrène ses souvenirs. Le premier chapitre est consacré tout entier à la vieille veste blanche, dont le marin, faute de mieux, s’est vêtu, et à laquelle il doit son surnom. L’appareillage du début, qui s’accomplit joyeusement dans un port péruvien, est dominé par l’homme en veste blanche : immaculé comme l’albatros, c’est lui qui, juché à des hauteurs vertigineuses, doit déferler le grand cacatois, et son regard embrasse toute la manœuvre. Plus tard, quand le navire glisse vers le sud à travers les nuits bleues du Pacifique, on retrouve la veste blanche et l’homme perdu dans son rêve, au faîte de la mâture ; et soudain c’est la chute qui manque être mortelle : d’en bas, un marin superstitieux a pris la tache blanche pour un fantôme et, brusquement a fait descendre la vergue. Le héros sent que ce vêtement lui sera néfaste. On retrouve au Cap Horn la veste de mauvais augure, qui, sans merci, absorbe les eaux de pluie, et refuse éternellement de sécher. Plus tard encore, pendant les nuits sombres, où les formes grises des matelots disparaissent, la veste blanche est aperçue tout de suite, et son infortuné propriétaire désigné d’office pour les corvées. A Rio de Janeiro, il essaie de s’en défaire, en la mettant en vente : maïs nul n’en veut, et il doit malgré lui, la garder. Quelques semaines avant le retour, White Jacket reparaît encore. Injustement, il est sur le point d’être fouetté, et ne sera sauvé que sur l’intervention de Jack Chase qui atteste son innocence. Mais on sent un moment bouillonner en lui l’indignation furieuse : il est prêt à se jeter sur le Commandant, à l’entraîner par-dessus bord. Et c’est au terme de la traversée que finit la veste blanche : empêtré dans ce vêtement incommode, le matelot, perché dans la mâture perd soudain l’équilibre. Sa chute est vertigineuse, il arrive à l’eau, s'enfonce, perd à moitié connaissance, remonte suffocant, nage à grand’peine, et parvient enfin à se débarrasser de la veste blanche : il dit adieu sans regret à ce symbole de ses misères.
Et c’est alors, sans atteindre le déclin, ni montrer la frégate désarmée au bassin, tel un grand oiseau de mer prisonnier, qu’il termine son récit. Il veut que la dernière vision montre le navire dans sa beauté, toutes voiles dehors et vent arrière. Il termine sa course comme l’humanité poursuit la sienne. Elle aussi transporte un ordre cacheté, qui est le Destin. Elle aussi est certaine d’arriver dans un port, qui est le repos final. Elle aussi a ses injustices, elle aussi a ses vices. Mais pour elle aussi demeure une éternelle consolation :
« Si grands que soient ceux qui nous oppriment, si durs les maux
qui nous entourent, « La vie est un voyage qui nous ramène au pays’. »
Redburn achevé, Melville s'était mis, à la même allure, à écrire White Jacket. Commencé aux environs de juillet 1849, le manuscrit était complètement achevé quand l’auteur, en octobre, s’embarqua pour l'Europe. Il n’est pas douteux que les raisons financières qui avaient suscité Redburn aient été encore à l’origine de White Jacket, et que Melvilie, à nouveau, ait voulu un succès d’argent. La résolution qu’il prit de porter lui-même son manuscrit à Londres, et la peine inusitée qu’il se donna pour obtenir un contrat d’édition fructueux sont une preuve évidente de ce désir.
Il lui fallait, à nouveau, faire appel à ses souvenirs, et choisir un sujet qui pût intéresser l’opinion. Or, il n’avait encore rien dit de ses aventures dans la Marine, et justement les circonstances rendaient leur évocation assez actuelle. La guerre mexicaine qui s’était achevée l’année précédente avait ramené l'attention sur la Marine, dont le rôle n’avait pas été négligeable, mais dont beaucoup déploraient pourtant l’insuffisance et la mauvaise organisation. Melville dut penser que le public aimerait savoir par le menu les conditions de la vie à bord, si généralement ignorée, et il entreprit de les lui peindre en détail. Pour rendre son récit plus passionnant, il n’hésita pas à grossir certaines anecdotes, à en inventer certaines autres de toutes pièces. Il est certain, par exemple, que sa propre chute vertigineuse est entièrement imaginée, et probablement Cuticle ni sa grotesque opération n’ont de fondement réel ?. Mais il fallait faire frissonner le lecteur, et Melville s’est, de fort bonne grâce, prêté à cette obligation.
Cependant, il est évident que, dans White Jacket bien plus encore que dans Redburn, le souci de polémique tient une place de premier plan. Tout en s'intéressant aux vieilles et pittoresques frégates qui, en service depuis plusieurs décades, faisaient partie de leur histoire