Carl Van Doren, op. cit
« force sans cesse le lecteur à se demander ce que l’auteur avait en « tête, » s
Un reproche, enfin, que l’on fait souvent à Mardi tient à son style. M. Mumford condamne sommairement les échantillons poétiques du talent de Yoomi :
« Les vers interposés dans ces pages sont dignes du poëète-lau- « réat supposé qu'est Yoomi... ; les plus mauvaises des chansons de « Yoomi ne sont des poèmes que par la courtoisie des typographes 2. »
La prose même de Mardi est souvent jugée prétentieuse et redondante à l'excès. Et M. Van Wyck Brooks accuse « les ravages de
. « l’influence de Carlyle * ».
Mardi, on le voit, «st loin d’être accueilli sans réserves. On cri-
tique tantôt l’idée même qui fit écrire le livre, tantôt la composition
de l’ensemble, tantôt l’obscurité du détail, et tantôt le style. L’ouvragea granG besoin d’être défendu.
Les critiques que nous venons de citer se retrouvent d’ailleurs pour vanter les mérites de Mardi. Malgré certaines répugnances, on :s’accorde à louer la richesse extraordinaire de la pensée de Melville. « On pourrait, dit M. Pattee, extraire de Mardi une anthologie qui vau-
drait celle de Whitman‘. La plupart sont confondus devant cette
insouciante prodigalité de Melville qui lui fait déverser dans le même livre, et avec un bonheur égal, aventure, poésie, satire, introspection, métaphysique. Aventure : on admire d’abord, comme il se doit, les amusantes et romanesques péripéties du début. John Freeman leur
trouve une aisance, une jeunesse même qui manquaient à Omoo. La
figure de Jarl le Viking, son émotion devant le vieux bateau qui va - périr, lui semblent, un demi-siècle à l’avance, annoncer la venue de . Joseph Conrad *. Poésie : lemême John Freeman cite comme un tableau
d’épopée maritime Vapparition merveilleuse de la mer phosphores-
cente, ce tableau qui déjà enthousiasmait M. Van Vetchen. Satire :
M. Van Vetchen encore a savouré le spectacle hautement réjouissant du Capitole de Vivanza, tout plein de sénateurs véhéments et futiles. Et il trouve la proclamation anonyme aux citoyens de Vivanza, qui
4. H. P. Marshall. Herman Melville (The London Mercury, XI, novembre 1994, pp. 57-70).