G. L. C. 29 décembre 1824, à son frère Peter
lettre, elle oppose à ce malencontreux incident la visite inopinée que vient de lui faire une belle-sœur :
« Bien que l’heure fût matinale, tout était propre et rangé, et Ma « Seigneurie était à sa toilette, avant d’aller faire salon avec son « tricot. »
Elle attachait beaucoup d’importance à la maison où elle vivait (son mari ne la laissait jamais longtemps dans la même). À chaque déménagement, elle décrivait complaisamment à son frère sa nourvelle demeure, et s’étendait sur l’heureuse harmonie des peintures qu’elle avait choisies.
Elle pouvait être fière de ses bonnes manières, de celles de ses enfants et réprimer les mauvaises façons d’autrui. Parlant de ses enfants, elle écrivait à son frère :
« J’espère qu'ils se sont bien tenus ; il y a divers enfants dans la < maison, appartenant à différentes dames, mais aucun, à mon avis, < ne se tient de loin, aussi bien que mon fils et ma fille ?. »
Au coxmtraire, si son neveu Peter a mal tourné, c’est la faute de sa mère qui l’a mal élevé : il n’a pas de conversation ! Elle aimait opposer sa propre distinction à la mauvaise éducation des autres. Aïnsi, un jour, elle eut sous les yeux un spectacle « impropre » ; des amoureux riaient dans une maison où quelqu'un était mort. Quelle honte n’éprouvèrent-ils pas < en voyant mon visage impassible et sérieux ! »
Elle affectait de mépriser les gens à la mode, déclarant qu’ils n'avaient pas de cœur, et que Saratoga Springs devait être bien agréable avant leur arrivée. Mais au fond elle eût aimé faire partie de la plus haute société. Elle était très fière de ses succès mondains, d’une réunion enfantine qu’elle avait donnée et où vingt-cinq enfants étaient invités “ Elle critiquait un mariage, mais décrivait le dîner et
évaluait les bijoux ‘. Elle était particulièrement fière d’une « visite
à Son Excellence » 5.
Quant à la maîtrise de soi, où son mari excellait tant, elle paraissait, elle aussi, la posséder au suprême degré. Pourtant, .il semble qu’elle ait été contrainte de lutter pour la conserver, et que parfois
G. L. C. 29 décembre 1824, à son frère Peter. M. P. 18 septembre 1818, .
G. L. C. 8 décembre 1825,
G. L. C. 20 février 1827, #4
G. L. C. 8 décembre 1825, id.
G. L. C. 24 novembre 1828, id.
super
elle soit sortie épuisée de la lutte. Son frère Peter est le seul à qui elle ait laissé entrevoir quelque chose de son effort
« Nul ne peut dire ma souffrance quand je me suis sentie irascible « et d’humeur prompte. C’est alors que j'ai senti particulièrement € mon inaplitude à maîtriser mes nerfs, et ma grande faiblesse :. »
En somme, la mère de Melville fut une femme orgueilleuse, qui voulut, par amour-propre, se montrer en tout une « lady ». Elle eut lieu, dans les premières années de sa vie à New-York, d’être saitisfaite, grâce à ses succès mondains, à son intérieur, à ses enfants. Mais certaines qualités de la femme parfaite qu’elle voulut être ne furent chez elle que le résultat d’une application constante. Tandis que son mari restait sans cesse imperturbable, on la sentait à certains moments prête à faiblir.
Sous cette cuirasse, qui parfois la blessait, que renfermait le cœur de Maria Gansevoort ? Il est difficile de le dire, tant elle a su d’ordipaire éviter de se donner en spectacle. Aïma-t-elle vraiment som frère Peter, son mari, ses enfants, comme ses lettres l’assurent ? Il est malaisé de discerner ce qui chez elle est orgueil et ce qui est affection véritable. Son frère était un homme important, riche et revêtu de dignités multiples, qui semblait lui marquer une tendresse particulière. Comment ne pas se montrer émue de ce privilège ? Son mari avait des manières parfaites, lui témoignait les plus grands égards, et lui cachait autant qu’il le pouvait ses embarras d’argent. Elle l’admirait sincèrement, et tint, quant il fut mort, à bannir les images déplaisantes qu’elle pouvait avoir de lui, pour ne garder que les souvenirs agréables. Ses enfants, quand ils étaient petits, lui faisaient honneur : elle était heureuse de les voir, et fière de l'affection qu’ils avaient pour elle. Plus tard elle continuera d’aimer ceux qui, à son avis, auront une carrière brillante, et son affection pour les autres faiblira. Aujourd’hui, curieusement, on peut retrouver deux traditions contraires, à son égard, parmi ses descendants. Les enfants de son fils Allan, qui vécurent toujours dans l’aisance, gardèrent de leur grand’mère le souvenir d’une vieille dame très distinguée et d’une compagnie charmante. Les descendants d'Herman Melville, qui con-