‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 154 sur 327 · Mardi, IT, p · texte numérisé non relu

Mardi, IT, p

fois, on pense à L'Ile des Pingouins. La seule conclusion qu’on puisse tirer de ces coïncidences est la possession par Melville, d’une langue remarquablement plastique. Chacun des grands écrivains qu’on vient de nommer avait son style, qui seul sans doute, convenait à son sujet; Melville, traitant des sujets les plus divers a usé d’une multitude de styles, trouvant chaque fois le ton le meilleur, celui-là même dont ses prétendus modèles ont usé.

Et pourtant, l’ensemble de ces morceaux épars est lié par un accompagnement subtil, qui ne se tait un instant que pour reparaître ensuite. C’est le style propre de Melville, celui qu'on reconnaît aussitôt. On le pressentait, naissant, dans Typee. On le retrouvera, dégénéré, dans The Confidence Man. Mais dans Mardi, dans Moby-Dick, il atteint sa perfection. Il est fait de coups d’archet impétueux, brusquement arrêtés, de rythmes superbes de hardiesse, dont une syllabe ajoutée détruirait l’harmonie :

« Now I am my own soul’s emperor : and my first act is abdication ! & Haïl, realm of shades ! and turning my prow into the racing tide, « which seized me like a hand omnipotent, I darted through :. »

Un pareil style ajoute encore à la grandeur de Mardi. Ce livre a ses défauts que nous avons montrés. On aimerait que son départ fût plus prompt, sa course à travers certains déserts moins nonchalante. Mais ses beautés passent tellement ses faiblesse qu’on ne peut sans injutice le traiter d'œuvre manquée. Il est trop long : mais la plupart des très grands livres sont ainsi, hors ceux des purs classiques. On songe à certaines œuvres exubérantes de la Renaissance, qu’on accepte telles qu’elles sont : mutilées sous prétexte d’art, elles ne seraient plus elles-mêmes.

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