‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 157 sur 327 · Braswell, chap. v · texte numérisé non relu

Braswell, chap. v

2. Gleim (William. $.). À Theory of Moby Dick. N. Engl. Quart., II, pp. 402- 419, juillet 1929.

n’apporta jamais à sa lecture la passion qu’on lui a souvent prêtée. Et Swendenborg, apparemment, n’était pas alors, pour lui, beaucoup plus qu'un nom. Si l’on tient à chercher dans ses récentes lectures, une influence, ce n’est pas vers les philosophes et les mystiques qu’il faut se tourner. À l’époque où il écrivait Moby Dick, Melville lisait Shakespeare. On ne sera pas étonné qu’à son exemple, il ait cherché à faire une œuvre qui fût un Monde, plutôt qu’une allégorie.

Il est juste de dire, que certains se sont élevés plus haut, et n’ont pas cru qu’un des aspects de Moby Dick était seul essentiel. A leur tête se trouve M. Raymond Weaver, auquel il faut toujours revenir. Dès 1921, il écrivait dans la préface de son livre :

< Si large et si vivante est l’assise matérielle où repose Moby Dick < que même les plus terre à terre, même ceux qui ont avec le plus « d’innoncence laissé passer les sombres intentions de Melville, ont « trouvé que ce livre des audaces de l’âme et de ses terreurs était < un bien bon livret. » ,

A la suite de M. Weaver, on a plaisir à citer D.-H. Lawrence. Il est enthousiaste et pourtant se sent agacé par instants. Il voit tout de suite que le livre est plein de symboles. Mais il a le courage d’avouer « Symboles de quoi ? Je me demande si Melville le savait exactement lui-même ! >» Symboles sans doute de l’âme américaine, entraînée dans une entreprise absurde par un capitaine visionnaire, qu’assistent de leur mieux des officiers « efficaces », mais entraînés malgré eux, image anticipée de M. Woodrow Wilson et de son équipe. Une chose est sûre en tout cas :

« Melville veille à ce que cela reste une vraie histoire de baleinièrs, « et par là il atteint plus loin que la métaphysique. Moby Dick est « une épopée de mer telle que nul jamais n’en a écrit*. »

Non moins large est le jugement de M. Mumford. Il élabore toute une grande et séduisante théorie, qui lie à lesprit nouveau du siècle l'étroite fusion de l’allégorie et du fait. Selon lui, rompant avec la tradition des héros d’épopée abstraits et lointains, les écrivains épiques du xix° siècle, qu’ils se nomment Tolstoï, Hugo ou Melville, ont intégralement fondu «+ le pratique et l’idéal »

« Car la haine que ressent Ahab et la poursuite du cachalot n’est < qu'une part du symbole total : les caractères physiologiques de la « baleine, sa nourriture, ses amours, toute sa vie, quelles que soient

Page 1