‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 17 sur 327 · LE FOYER FAMILIAL · texte numérisé non relu

LE FOYER FAMILIAL

Jusqu'en 1830, toutes les apparences qu’Allan Melville et sa femme tenaient si fort à conserver furent maintenues sans défaillance. Et les onze premières années du jeune Herman Melville s’écoulèrent dans une ambiance « respectable », douillette et de bon ton.

1. Conversation avec Mrs Metcalf, Cambridge, 9 septembre 1935. 2. Pierre, pp. 124-125.

Les affaires d’Allan Melville connaissaient des fluctuations, mais ses déboires n'étaient pas tels que son optimisme en fût affecté, ni le train de vie des siens trop sensiblement changé. Evidemment, tout au long de sa correspondance, on trouve la trace de certaines difficultés. Mais Allan Melville n’était pas homme à douter de soimême, ni de la Providence. En 1819, on apprend dans une même lettre, écrite par lui à son père, qu’il paiera « les 137 dollars dès que possible », qu’il regrette de ne pouvoir envoyer « les 600 dollars », qu’il compte sur la bénédiction de Dieu, et qu’il a perdu 1.500 dollars sur une action maritime. Mais il ajoute

« Pourtant je ne me plaindrai pas de la déesse capricieuse, qui « peut encore incliner à me sourire gracieusement :. »

Une autre lettre, de 1822, trahit encore quelque embarras ?. Mais sa foi en ses propres talents financiers demeurait entière. S’il devait déménager, ce qui lui arrivait fréquemment, c'était toujours pour d’excellentes raisons : santé de ses enfants, qui exigeait la banlieue, ou occasion de faire fortune, si l’on se rapprochait du centre des affaires. C’est ainsi qu’en 1824 il fit émigrer sa famille dans Bleecker Street, route encore campagnarde, qui menait à Greenwich village, et qui était « une région de bon air, de bonne eau et d’édifices de marbre » (il n’y paraît plus guère aujourd’hui) *. Quatre ans plus tard, il ramena les siens, avec la même satisfaction, dans le tumulte de Broadway *. Même en septembre 1830, lorsque, ruiné, il se préparaît à partir pour Albany, il conservait son optimisme tenace : les enfants étaient très contents de ce départ, qui assurait leur confort et leur bonheur. Lui, Allan Melville, il sacrifiait ses préférences et ne considérait que son devoir envers les siens *. Il faut que l’on atteigne décembre 1830 pour que soudain la vérité éclate, en une lettre incohérente et affolée :

& Ma situation est devenue presque intolérable faute de 500 dollars « pour acquitter quelques dettes criardes et fournir le nécessaire à « ma famille, je ne puis rien ajouter à ma lettre du 3 novembre, « sauf que les dépenses journalières de ma famille ont été réglées « par des emprunts occasionnels faits à Peter, que je ne puis songer « à augmenter, et que je puis être bientôt poursuivi pour mon der- « nier terme de loyer, et d’autres exigences que j’ai inévitablement

- Allan Melville à son père, 14 septembre 1819 (G. L. C.). . Id. au même, 22 juin 1822 (G. L. C.).

. Id., à Peter Gansevoort, 2 avril 1824 (M. P.).

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