CHAPITRE XIII
Melville avait lutté jusqu’à l’épuisement de ses forces pour écrire un dernier grand livre, qui était Pierre. On l’a vu, brisé par le découragement et la maladie, renoncer ensuite pendant des années à toute entreprise de longue haleine. De 1851 à 1866, hors l’unique et malheureuse tentative de 1857, où, essayant de revenir à son ample manière d'autrefois, il donna The Confidence Man, il n’écrivit que d’une manière brève et discontinue. Il effleura dans ces années demi-stériles presque toutes les formes mineures de la prose, sans s’attacher longuement à aucune. Comme le « fiddler >» d’un de ses contes, il eut conscience, à tort peut-être, de garder son génie, mais n’osa plus s’en servir librement. Il écrivit un court roman historique, des nouvelles, des essais : ouvrages où l’homme vraiment grand ne peut donner sa mesure : en apparence Melville se résigna à n’être plus qu’un homme de lettres.
Nous avons cru pouvoir étudier en un chapitre unique non seulement les œuvres de ces années découragées, mais aussi divers autres fragments en prose, écrits parfois un peu plus tôt, parfois un peu plus tard, qui appartiennent eux aussi à des genres modestes auxquels semblent suffire l’intelligence ou le talent. On va le voir, en somme, renoncer le plus souvent à gravir les cimes, et se résigner quelque temps à suivre des sentiers moins ardus.