Id., p
« du feuillage, put entrevoir, en quelque allée secrète, mais paraïi- « lèle, cette figure solitaire, moins assombrie par les feuilles sous « lesquelles elle passait que par l'ombre de ses méditations royales *. »
Cette éloquence, au besoin, se fera volontairement mystérieuse et lourde de présages :
« Londres ; l’adversité ; la mer : trois Amageddons qui font dans < un même instant périr et disparaître leurs victimes ?. »
Parfois, au contraire, c’est à l’humour que Melville demandera d’agrémenter sa phrase. À Paris, sur le Pont-Neuf, un cireur de bottes veut à tout prix voir en Israel un client :
« Avec une tendre violence, il l’entraîna vers sa boîte, nie le « pied droit de ce client récalcitrant, et se mettait vigoureusement « au travail quand, soudainement illuminé d’un soupçon atroce, « Israel décocha dans la boîte un terrible coup de pied, prit ses faux « talons à son cou, et s’enfuit sur le pont comme un fou *. »
Enfin, le procédé dont Melville use le plus pour frapper limagination est l'emploi des comparaisons. Nous l’avons vu, dans ses autres livres, multiplier les images, morales et religieuses dans Moby Dick, symboliques dans Pierre. Nulle part les comparaisons n’abondent comme dans Israel Potter, où elles sont avant tout plastiques. Parfois, dans une seule phrase, on en rencontre cinq ou six. Dans un même paragraphe, Melville compare l’arrivée de la lune à l'horizon à celle d’une lampe qu’apporte un bras tendu ; les brouillards que traverse la lumière lunaire à la lueur colorée des boutiques de pharmaciens ; et la figure sardonique de la lune à Méphistophélès et au souffleur d’une comédie tout à la fois‘. Rien de pareil n’existe dans le modèle : le soin minutieux de Melville apparaît donc jusque dans le détail.
Nous avons, jusqu'ici, cherché à retrouver les intentions de Melville et à reconstituer son labeur. Il nous reste à examiner sa réussite. Israel Potter, selon nous, n’a pas retenu autant qu’il méritait l’attention du public, ni des critiques. Quand il parut, un seul feuilleton-