‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 176 sur 327 · Id., p · texte numérisé non relu

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k. Id., pp. 162-168.

niste américain. Fitz-James O’Brien, daigna en faire mention’, Et ce fut pour le traiter, avec condescendance, de « récit relativement raisonnable ». En Angleterre, l’'Afhenaeum consacra au livre un compte rendu ? : mais on y déclarait que Melville devenait « de plus en plus absurde et boursouflé Gans chacun de ses livres ». Depuis que Melville est revenu à la mode, sa vogue, limitée d’abord à Moby Dick et à Typee, s’est étendue ensuite jusqu’à Mardi, jusqu’à Pierre. Mais certains ouvrages restent des manières de parias, et Israel Potter est de ceux-là. M. Weaver, en l’éditant, lui a consacré une introduction de premier ordre *. Mais, dans son livre sur Melville, il n’en parle guère. M. Mumford, qui aime le livre, semble s’en excuser, en disant : « C’est du Melville manqué, mais c’est du Melville #. » Les autres critiques le passent généralement sous silence.

Nous croyons, nous, qu'Israel Potter mérite une place mieux qu’honorable dans la série des œuvres de Melville. Rares sont celles qui font voir une maîtrise plus parfaite. La philosophie, sans doute, n’a pas, dans ce petit livre, le long retentissement qu’on lui trouve dans Moby Dick et dans Pierre. Nous croyons pourtant que, si l’on accorde à l’ouvrage un peu plus qu’une attention passagère, ses idées entreront en nous d'autant plus sûrement qu’elles sont mieux voilées sous les faits.

Mais l’histoire elle-même n’a jamais encore été plus habilement ordonnée. Jamais l’intérêt ne faiblit. Nous nous passionnons pour ia succession des aventures, et, en même temps, la diversité des attraits nous fait échapper à toute monotonie. Tableaux héroïques, scènes de franche comédie, dialogues pleins de finesse, descriptions rapides et plaisantes, varient le mouvement sans jamais le ralentir.

Enfin, chaque détail est d’une qualité tout à fait rare. Melville a perdu cette tendance à l’exagération qui rebute parfois jusque dans ses meilleures œuvres. Il supprime tout ce qui n’est pas strictement utile, et son style, avec une étonnante sûreté, est à l’image de cette

1. O’Brien (F. J.). Our young Authors : Herman Meloille, Putnam’s Magazine, vol. I, pp. 155-164, février 18535.

2, Israel Potter. Athen, vol. XXV, p. 1265, 20 novembre 1852. 3. Shorter Novels of Herman Melville. Weaver, ed. New-York, 1928. 4. Mumford, p. 242. ;

manière nouvelle. Il abuse encore, sans doute, des comparaisons. Mais il a renoncé au laborieux symbolisme verbal qui, dans Pierre, alourdit parfois le symbolisme profond. Il s’est défait des néologismes pesants, des phrases surchargées, de l’humour péniblement élaboré, qu'on à pu souvent lui reprocher. De son style antérieur, il a gardé l’éloquence, le riche vocabulaire, et souvent la mystérieuse résonance. ;

On ne saurait, sans doute, prononcer le mot de génie quand on parle d’Israel Potter. Mais le talent est là si grand, l’art si parfait, le plaisir du lecteur si vif qu’on peut au moins parler d’une très belle réussite. Un écrivain, au moins, en a jugé ainsi, qui, peut-être, avait quelque droit de parler des romans d’atmosphère historique : c’est Nathaniel Hawthorne :.

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