‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 184 sur 327 · Weaver, p. 227, p · texte numérisé non relu

Weaver, p. 227, p

4. Marshall (H. P.). Herman Melville. London Mercury, VI, XI, pp. 57- 70, novembre 1994.

5. Boynton (P.). More Comtemporary Americans. Chicago, 1927, chap. II, H. Melville, pp. 29-50.

6. From a Reviewer’s Note-Book, by Van Wyck Brooks. The Freeman, vol. VII, 9, 16, 23, 30 mai 1923, pp. 214-215, 238- 239, 262-263, 286-287.

semble avoir détourné de sa lecture bon nombre de critiques. Les quelques lignes déjà mentionnées de J. Freeman et M. Van Vechten auraient seules témoigné au Confidence Man un peu de sympathie, sans le loyal effort de M. Lewis Mumford:’. Le premier, il a fait de l’ouvrage une sérieuse analyse. Il a voulu le comprendre, et, si des beautés s’y cachaient, les faire voir. Nous n’adoptons pas toutes les conclusions de M. Mumford, mais nous lui devons beaucoup.

Il est, comme on le voit, difficile d’aborder la lecture de The Confidence Man sans une sombre appréhension. Peut-être est-ce fort bien ainsi : le lecteur, résigné d’avance à rencontrer le pire, est agréablement surpris de ne point essuyer une épreuve plus dure. Les défauts du livre sont évidents, mais on ne peut, sans injustice, lui dénier tout mérite. Le grand reproche qu’on adresse d’ordinaire au Conftdence Man est d’être mal composé. « Construction monstrueuse », dit M. Marshall. De fait l'ouvrage est une succession de dialogues, entrecoupée tantôt de spéculations morales, tantôt de contes qui ont l'air de paraboles. Nulle action intelligible ne semble lier l’un à l’autre ces morceaux fort divers, qui paraissent les jeux successifs d’un esprit curieux. Mais cette méthode — qui est celle de Mardi — n’est pas propre à Melville. Que d’exemples on en pourrait trouver dans lhistoire littéraire ! Platon et Lucien, Montaigne et Carlyle n’en ont-ils pas usé ? Même la fin brusquée qu’on reproche à Melville (on l’accuse de s’être arrêté par lassitude, et sans raison logique) est commune en ce genre d'ouvrages. Et cependant, le lecteur, qui accepte chez Montaigne un assemblage autrement disparate, se sent, il faut le reconnaître, désorienté, et souvent irrité par The Confidence Man. La raison est, selon nous, que Melville n’a pas su se dégager entièrement de la forme romancée. Il a voulu que son livre ait une intrigue ; mais il l’a faite si ténue que le lecteur perd constamment sa trace, s’obstine à la retrouver, et, finalement, s’impatiente : c’est la grande faiblesse de l’ouvrage. Si Melville avait choisi pour titre : Dialogues et Réflexions sur la Confiance, et nous avait présenté des scènes presque identiques sans chercher à les joindre, ni nous forcer de les lire en ordre, le malaise n’existerait sans doute pas. En tout cas, le lecteur

Page 1