PAR AE AO
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Mais quand le dépit sait garder l'apparence d’une froideur impassible, il peut susciter une cruauté dans le sarcasme où la pure philosophie ne peut atteindre. Melville échoue encore quand il raille philosophiquement :
« Ainsi, quand nous disons encore de cet homme qu’il n’était rien, < qu'un homme de bien, quels que soient les autres reproches que des < censeurs puissent élever contre lui, il faut encore espérer que sa « bonté, du moins, ne sera pas, chez lui, tenue pour criminelle 2. »
Au contraire, Melville nous paraît supérieur dans les passages où,
s’abstenant d’injurier comme de raisonner, il dessine des hypocrites de toute sorte, des caricatures impitoyables. Tantôt, la satire paraît dans la description du personnage, minutieusement détaillé par des yeux ennemis. Voici le portrait de Winsome, le philosophe : « Il se retourna pour examiner son interlocuteur : des yeux bleus, cheveux pâles, un type saxon. Quarante-cinq ans peut-être, grand, et, quoique légèrement anguleux, bien fait. N’ayant que faiblement la tournure d’un homme de salon, mais un air de simplicité respectable, à la manière puritaine, avec une sorte de dignité campagnarde.. Et, donnant le ton général du personnage, un je ne sais quoi d’astucieux et de mythique, formant une mixture étrange, au point qu’il semblait une sorte de croisement du colporteur Yankee et du prêtre Tartare ?. »
Tantôt c’est le langage onctueux de l’hypocrite dont nous reconnaïssons la cruelle vraisemblance. Voici l’herboriste, qui, le plus douce- - ment du monde, critique son confrère le médecin : « Je ne veux pas encourager de faux espoirs, dit-il en lui rendart la boîte. Je veux vous parler franchement. Bien que la franchise ne soit pas toujours la vertu dominante de mes confrères minéralogistes, l’herboriste doit être franc, ou ne pas être. Eh bien, Monsieur, dans votre cas, une guérison radicale — une de ces guérisons,
vous m’entendez, qui puisse vous donner la vigueur : cette guérison « je ne vous la promets pas, et je ne peux pas vous la promettre *. »
Tantôt, enfin, c’est une institution humaine qui subit les plus rudes assauts, quand Melville, pour la railler, se borne à faire un projet mirifique et absurde, qui n’est hélas, pas très différent de ce qui existe. Ainsi le projet d’unir, en une omnipotente fédération, toutes les œuvres