‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 188 sur 327 · Mumford, p · texte numérisé non relu

Mumford, p

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Nous ne sommes pas, ici, de son avis. Le style est, croyons-nous, inégal comme l’ouvrage lui-même. The Confidence Man est fait, avant tout, de dialogues, et, nous l'avons dit, ces dialogues sont de deux sortes : scènes de comédie, ou discussions philosophiques. Si dans les premiers, Melville, qui a le souci de la vraisemblance, est clair, naturel et simple, dans les autres, certains de ses défauts antérieurs se sont terriblement accentués. D'abord, les interlocuteurs ne peuvent prononcer une phrase sans la rehausser de comparaisons. Ce trait, dira-t-on, n’est pas nouveau chez Melville : mais ce qui l’est, c’est le caractère livresque de ces perpétuelles métaphores. Tous ces marchands et ces aventuriers citent, à tort et à travers, les noms les plus variés de l’histoire littéraire. Dans leur conversation, le misarthrope missourien et le directeur du bureau de placement invoquent saint Augustin, Lord Chesterfeld et l’Abbé de Rancé. Chose plus grave encore, ces messieurs usent en outre d’un langage que Vadius eût aimé :

« Peut-on nier de bonne foi que, dans la barbe, l’homme enfant < possède prospectivement un appendice aussi imposant que patriar- < cal'? >

Mais, quand on arrive aux spéculations de l’auteur lui-même, on trouve, poussés à l’extrême, tous les vices antérieurs : obscurités par excès d’intentions, phrases interminables, vocabulaire étrange. Ce dernier défaut, déjà remarquable dans Pierre, s’est encore aggravé. Melville continue d’user de néologismes extraordinaires (que ce soient les verbes « to triumvirate », et « to percolate >», ou les adverbes < phrenologically » et « hypocondriacally »). Mais il ne s’en tient pas là : il appelle à son secours les langues étrangères. Si « reformado » et « bravura » représentent l’Espagnol, les mots français « en masse », « persiflage », « tic douloureux », « Sorbonne », « en confiance >, « en costume », « par excellence », produisent dans la prose de Melville un effet aussi étrange que dans les vers de Whitman. Enfin Melville use de ces expressions latines : « rara avis », « bona fide », « fortiter in re », « amanuensis >», « memento mori », que renferment d’ordinaire les pages roses des dictionnaires d’écoliers. On admettra difficilement qu’un tel style soit de nature à ranimer un intérêt qui faiblit.

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