‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 195 sur 327 · N. Engl. Quart., VII, pp. 725-728, décembre · texte numérisé non relu

N. Engl. Quart., VII, pp. 725-728, décembre

4. Lettre datée « 20 décembre » (1858), citée par Minni, p. 188.

au jeu, et parlait avec chaleur. La lettre, déjà citée, de Henry Gansevoort, en témoigne :

« Il parlait avec feu, et faisait forte impression. »

Quelle valeur ont ces conférences ? Les auditeurs semblent n’avoir été qu’à demi conquis. Henry Gansevoort écrivait, en parlant de La Statuaire :

« C'était bien conçu et habilement exécuté, mais cela n’avait ni la « force, ni la beauté qui caractérisaient ses premières œuvres. »

Il n’y a, semble-t-il, pas lieu de se lamenter parce que le texte des conférences de Melville est perdu. Mais, d’après ce que nous en savons, nous ne pouvons croire qu’elles aient été vraiment médiocres. Sans aucun doute, Melville y disait franchement son opinion ; il y systématisait des vues éparses dans ses journaux et dans ses livres. Quel qu’ait pu être leur style, on doit reconnaître, aux comptes rendus qui nous en restent, que leurs idées étaient intéressantes et leur composition solide.

A trois reprises au cours de son existence, Melville a tenu un journal intime : ce fut chaque fois à l’occasion d’un voyage : en 1849, 1856, 1860. Les trois manuscrits, dont un seul a été intégralement publié, sont à Cambridge, Massachusetts, et appartiennent à Mrs Metcalf.

Le journal de 1849, qui tient en deux petits carnets d’une écriture serrée et souvent difficile, est seulement connu du public par les extraits, d’ailleurs assez abondants, que M. Weaver en a donnés dans son livre. Il s’ouvre le 11 octobre 1849. Pendant la traversée d’Amérique en Angleterre, Melville, peu occupé, s’acquitta bien régulièrement chaque jour de la tâche assignée : il écrivit chaque jour quelques lignes au moins, et souvent plus : le 13 octobre, il alla jusqu’à quatre pages. À Londres, où il passa trois semaines et qu’il tint à voir en détail, il nota chaque soir, très consciencieusement, ce qu’il avait fait dans la journée. Pendant les vingt jours qui suivirent, il vit Paris, la Belgique et les bords du Rhin. Le journal se fit moins régulier. Rentré à Londres, il continua par acquit de conscience, mais les notations furent des plus brèves. Le 29 décembre, il s’embarqua pour regagner l'Amérique, et renonça à achever son journal.

Les notes prises pendant le voyage de 1856-57 couvrent trois carnets,

et concernent la période du 11 octobre 1856 au 5 mai 1857. M. Weaver les a éditées en 1935, et il y a eu un sérieux mérite, car l'écriture menue, informe, chargée de ratures, semblait défier les tentatives. Pourtant ce journal est un peu plus « littéraire » que le précédent. Melville a pris la peine de lui donner un titre : il l’a appelé Journal up the Straits. Les parties du voyage comportent même des sous-titres, qui d’ailleurs s'appliquent imparfaitement à leur contenu. Melville ne dit presque rien de la traversée qu’il fit de New-York à Glasgow, ni du début de son séjour en Grande-Bretagne. L'arrêt à Liverpool lui inspira des notes brèves et sèches. Beaucoup plus étendus sont le récit du voyage par mer de Liverpool à Constantinople, et la description de cette dernière ville. Certains jours, Melville couvrit de notes des pages et des pages. L’Asie-Mineure, l'Egypte, Jérusalem et la Palestine sont évoquées plus hâtivement, et avec un certain désordre. La Grèce est négligée. L'Italie, et surtout Rome, sont au contraire l’objet de notes claires et précises. Le voyage de retour à travers la Suisse, l'Allemagne et la Hollande, la semaine passée ensuite en Angleterre n’ont provoqué que des indications très courtes. Et le journal s’arrête sur les mots : « A 11 h. 1/2, en route pour le pays. »

Quant au journal de 1860, il est des plus brefs. Melville l’a tenu, irrégulièrement, et à raison de cinq ou six lignes par inscription, depuis Boston jusqu’au détroit de Le Maire. La lassitude l’a pris alors : il a laissé son récit interrompu, et jamais plus il n’a tenu de journal.

Ces divers « journaux » sont des notes rapides, hâtivement jetées sur un petit carnet, généralement au soir d’une journée fatigante, non point certes pour décrire les spectacles admirés et les émotions ressenties, mais pour aider la mémoire à localiser, dans la suite, les détails dignes d’être retenus. Melville a pu songer qu’un jour il pourrait, dans un livre, tirer parti de ces notes. Mais il n’a jamais pensé qu’elles tomberaient sous d’autres yeux que les siens, et il ne s’est aucunement soucié de les rendre attrayantes. Il en résulte que ces journaux, dont les deux premiers au moins ont un très grand intérêt pour le biographe, ont moins d’attrait pour le lecteur ordinaire. En vain y chercherait-il d’abondantes notations psychologiques ou de riches évocations de sites et de paysages. Et pourtant s’il sait lire au delà du texte littéral, il retrouvera les inquiétudes d’une âme, dans une note comme celle qu’on a déjà citée et que Melville jeta sur le

2. H. Melville. Up the St. Edited with an introduction by R. Weaver. New- York. The Colophon, XXX, 182 pages in-8°, 1935.

papier le 16 décembre 1849, quelques jours avant de quitter l’Angleterre :

€ Voudrais voir ici quelqu'un que je sais! Voudrais que le petit « soit ici! ! »

Et son esprit recréera le décor d’un beau jardin d'Italie, quand il examinera ce croquis au trait grêle, mais sûr :

€ Mardi 19 mars (1857). Engagé vetturino pour C. Vecchia. Vieilles « écuries, etc. — À la Villa Doria Pamphili. Vaste étendue. — Vert « riche. — Paradis dans un paradis. Villa jaune. — Longue perspec- « tive de verdure et d’eau verte. Les cèdres et les pins. Avenues d’oli- « viers. Vue de Saint-Pierre. Les jardins en terrasse. — La forme du « parterre Plus beau qu'un parc anglais. Feuillage plus riche et « atmosphère plus douce. Coloris brillant et tendre*?. »

Ce genre de style doit évidemment rebuter beaucoup de lecteurs. Quelques autres au contraire aimeront à saisir une pensée à létat naissant, dont l’art, ni la réflexion n’ont encore altéré la fraicheur. C’est pour eux que M. Weaver a publié (à tirage limité d’ailleurs) le Journal up the Straits. Nous pensons qu’il a eu grandement raison.

Cent dix à cent vingt lettres de Melville sont parvenues jusqu’à nous. Les plus anciennement connues sont les cinq lettres, déjà mentionnées, adressées à Hawthorne en 1850. Des quatre premières, les originaux semblent avoir disparu. Mais le texte en a été publié, dès 1884, par Julian Hawthorne, dans son Nathaniel Hawthorne and his wife, et M. Weaver les a reproduites. La cinquième, l’Agatha Letter * est en la possession de Mrs Metcalf, et fut publiée en 1929. Plus nombreuses, sinon aussi importantes, sont les quelque vingt-cinq lettres à divers membres de la famille, que Mrs Metcalf possède également : hors sept ou huit que M. Weaver a citées dans son livre, elles sont inédites. Une troisième série comprend une quarantaine de lettres adressées aux frères Duyckinck : on les trouve à la Bibliothèque Publique de New-York, dans la Duyckinck Collection. M. Minnigerode ies a éditées en 1922, mais de manière un peu fantaisiste à

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