Agatha Letter, op. cit
notre gré’. La quatrième et dernière série importante se trouve à la même Bibliothèque de New-York, dans la Gansevoort-Lansing Collection : elles ont été publiées, en 1929, par M. V. H. Paltsits2. En dehors de ces quatre séries maintenant classiques, on ne connaît que trois ou quatre lettres retrouvées çà et là par des chercheurs heureux. Le biographe ne peut que souhaiter de voir des lettres ignorées jusqu'ici venir éclairer soudain les épisodes encore obscurs dé la vie de Melville. Mais les lettres connues sont suffisantes pour portér un jugement sur Melville « épistolier ».
L'intérêt littéraire de ces lettres est très inégal. Les rares lettres de jeunesse que nous ayons, ou bien traitent prosaïquement d’affaires pratiques, ou si Melville s'efforce d’« écrire », ne témoignent que d’une application assez laborieuse. Ainsi la lettre du 31 décembre 1837 à Peter Gansevoort, où Melville définit avec zèle sa tâche de maître d’école, et décrit le décor où il exerce son apostolat#. Ainsi la lettre à sa sœur Catherine, écrite ie 20 janvier 1845, qui ne renferme rien que deux pages de fantaisies verbales sur l’admiration que lui inspire, dit-il, le beau prénom de « Kate » 4! Les premières lettres aux Duyckinck sont guindées et respectueuses. Melville ÿ joue un peu le rôle du débutant timide devant l’homme de lettres « arrivé ».
Mais à partir de 1849 et jusqu’en 1851 — l’époque du voyage d’Angleterre et celle où fut écrit Moby Dick — Melville écrit des lettres remarquables. Il se sent — à tout le moins -— l’égal des Duyckinck. Il n’a plus à les révérer, mais il a plaisir à les éblouir — tout en se permettant des sautes d'humeur. Et les lettres de cette période sont brillantes, ingénieuses, toutes rempliès de vues intéressantes sur les livres et la vie. Tantôt il y met des boutades contre les méchants auteurs 5. Tantôt il se moque des colifichets de la gloire® ; tantôt il exerce sa verve contre Emerson :
« J'ai pu découvrir assez vite, chez Emerson, nonobstant son mérite, « une fissure béante : c’est son air d’insinuer que, s’il eût vécu à
4. Some Personal Letters of Herman Melville, and a Bibliography, by Minnigerode (Meade). New-York. The Brick Row Book Shop, 195 pages, petit in-8°, | 1922.
| 2. Paltsits (V. H.). Family Correspondance of Herman Melville, 1830-1904. | New-York. The New-York Public Library, 72 pages gr. in-8°, 1929. 2. G. L. C. 31 décembre 1837, cité par Paltsits, op. cit., pp. 5-7. &. G. L. C. 20 janvier 1845, id., pp. 7-9.
5. D. C. 11 décembre 1848. New-York Pub. Lib. Extraits dans Minni, op. cit., pp. 30-31.