D. C. 14 février 1851, id., pp
« l’époque où le monde fut créé, il aurait pu présenter quelques « suggestions utiles ?. »
Plus loin, ce sera une description d’Arrowhead*, un regret nostalgique de la mer *, une méditation sur le naufrage d’un baleinier qui sombre à l’heure même où Moby Dick s’achève “. Sept ou huit au moins des lettres écrites aux Duyckinck pendant ces années-là se lisent avec un plaisir indéniable.
Mais cette période est avant tout celle où il fit les lettres à Hawthorne, qui sont, à juste titre, les plus fameuses qu’il ait écrites. Elles sont infiniment précieuses pour qui veut connaître Melville. Mais, n’en saurait-on pas l’auteur, elles resteraient les lettres les plus étonnantes que l’Amérique ait produites. On y découvre l’homme de génie en proie à une passion mal payée de retour, qui sent la fausseté de sa position, et veut tout à la fois se donner le plaisir d’écrire et ne pas se rendre ridicule. Alors il se fait brillant, enveloppe sous une rudesse joviale et virile des jugements délicats, tâche d’intéresser Hawthorne par des aperçus littéraires ou philosophiques admirables. Il cherche à ne rien dire qui soit vraiment personnel, et puisse déplaire à Hawthorne. Mais on sent la passion qui court sous cet apparent détachement, et parfois elle est près d’éclater. Pour la servir, l’intelligence fait appel à toutes ses ressources, le style à tous ses mirages :
« Si jamais, mon cher Hawthorne, dans les temps éternels de l’ave- « nir, vous et moi nous devons être assis au Paradis, dans quelque « coin ombreux où nous serons seuls ; si nous trouvons le moyen « d'amener en fraude un panier de bouteilles de champagne (je « n’admets pas un Paradis antialcoolique) ; et si jamais nous croisons « nos jambes célestes sur le gazon céleste, éternellement ensoleillé ; « si nous choquons et nos verres et nos têtes jusqu’à les faire, les « uns et les autres, harmonieusement retentir de concert — alors, Ô « mon cher semblable, comme nous aurons plaisir à discourir de « toutes ces choses multiples qui maintenant nous affligent si fort, «4 —- en ces heures où la terre entière ne sera qu’un souvenir — oui, « où sa dissolution finale sera de l’histoire ancienne ÿ. »
1. D. C. 3 mars 1849. New-York “Pub. Lib. Extraits dans Minni, op. cit. pp. 32-34.