‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 201 sur 327 · M. P. 17 septembre 1860. Cambridge · texte numérisé non relu

M. P. 17 septembre 1860. Cambridge

miner, nous pensons que Melville, en les laissant reposer, n’avait pas tout à fait tort. Ses admirateurs, pourtant, n’ont pas perdu leur temps : quatre ou cinq contes, un essai critique, deux journaux intimes, une douzaine de lettres, méritaient d'échapper à l’oubli ; c’est assez pour justifier un zèle qu’autrement l’on pourrait juger indiscret.

On jugera peut-être qu’il est arbitraire de grouper, comme nous l'avons fait, des ouvrages aussi divers, étudiant dans un même chapitre l’ambitieux Confidence Man et les humbles billets dont sans doute la publication eût exaspéré Melville. Mais, hors les quelques libertés que nous avons prises dans la section précédente, nous avons suivi la chronologie, et l'impression d’éparpillement que le lecteur a pu éprouver est la même qu’on ressent devant l’œuvre de ces sombres années. Pendant près de quinze ans, Melville, malade et déprimé d’abord, prématurément usé ensuite, n’a fourni que des efforts intermittents et versatiles. A côté d’admirables et brèves réussites, il a multiplié les tentatives sans lendemain. La seule grande œuvre qu’ ait tentée s’est traduite par un échec. Abandonné par la fièvre qui jadis lui faisait écrire d’une haleine ses grands ouvrages, dans une exaltation épuisante mais féconde, réduit à compter le plus souvent sur l’effort conscient, souffrant enfin d’une véritable maladie de la volonté, Melville a donné trop souvent l’impression d’un grand talent tristement dispersé. C’est pourquoi l'œuvre de ces quinze années est à ce point inégale, et pourquoi, soucieux d’en donner une image fidèle, nous n’avons pas voulu glisser sur ses échecs. Pourtant, si regrettable soit ce gaspillage d’efforts, nous espérons avoir montré que ceite période fut loin d’être stérile. Elle nous a laissé des centaines de belles pages, au milieu desquelles se détachent quelques œuvres brèves, mais de tout premier ordre. Ce « déclin » de Melville domine encore de cent coudées l’« apogée > de maints romanciers alors riches et célèbres, en ce New-York où triomphait le « Grand » Barnum.

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