‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 206 sur 327 · MIS · texte numérisé non relu

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de Sécession ! Un homme a donné à cette guerre une expression magnifique, et c’est Whitman. Mais que reste-t-il de ses rivaux ? À de rares instants, un poète mineur de l’un ou de l’autre camp a trouvé la note juste, 'et il a écrit une courte pièce destinée à survivre. Mais le reste de son œuvre a péri sans retour. Melville, malgré ses défauts, a laissé tout un recueil qu’on peut lire sans ennui. Sans être en rien comparable aux Leaves of Grass, les Battle Pieces sont encore, après elles, l’image la plus vivante de cette funeste guerre qu’on puisse trouver dans un livre de vers.

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CLAREL

Clarel est un poème de proportions gigantesques (il compte plus de dix-neuf mille vers), qu’il est pourtant bien difficile de résumer. En six cent trente pages, il ne se passe presque rien : un sommaire de lintrigue et de l'itinéraire parcouru par le héros tiendrait en quelques mots. Et pourtant les discussions philosophiques dont l’ouvrage est rempli sont à ce point capricieuses et diverses que l’analyse n’en peut saisir tous les détours. Quatre parties divisent le poème, et

chacune comprend de trente à quarante chants de longueur variable.

La première a pour nom Jerusalem. Nous y voyons le héros qui a donné au poème son nom, Clarel. C’est un « étudiant », désemparé par le doute, et qui est venu en Terre Sainte, espérant y retrouver la paix avec la foi. Il erre dans la ville sainte et dans ses environs, regarde, réfléchit, écoute surtout.

La lecon des Lieux Saints ne lui rend pas La confiance. Au Sépulcre, il est surpris de ce dédale de cloîtres et de cellules qui ont, comme

à une seconde nature, recouvert l’endroit vénérable, et il évoque avec

mélancolie les générations de pèlerins qui Pont précédé. ‘Il songe même aux peélerins des autres croyances, à ceux de Dodone, de

Bénarès et de La Mecque. Il conserve pour leur espoir un respect atten- . dri. Mais ce tombeau vide n'est-il pas un symbole ? Et la diversité

des sectes ne fait qu’accroître son indécision. Jésus n’aurait-il laissé, pour héritage, que la discorde ? Plus tard, Clarel se promènera près de la Pierre de Salomon, au Champ d’Aceldama, au Mont des Oliviers : partout la trace du Christ sera tellement effacée que ses réminiscences évangéliques et les explications de son guide lui sembleront frivoles. Au Mont des Oliviers se dresse une mosquée, et Clarel entend chanter l’appel du Muezzin. Si le Dieu des Chrétiens était le Dieu de Vérité, permettrait-il cet outrage ? Il est vain de le chercher en ces lieux vénérés ; il s’y montre si peu que tout respect a disparu : voici un homme qui s’enquiert de la valeur des terrains. Et la charité même s’en est allée : chacun se hâte de fuir les malheureux lépreux. L'impression que retient surtout Clarel de cette ville aux fenêtres closes et aux ruelles désertes, de ces environs sinistres, de ces ravins pierreux, est celle d’une infinie désolation.

Dans ses courses errantes, il fait des rencontres, et chaque fois, dans l'espoir de trouver un exemple, il essaie de sonder les cœurs. Certaines âmes ne sont qu'entrevues : Abdon, le vieil hôtelier Juif, qui n’attend à Jérusalem que la mort ; Celio, le jeune homme torturé par l’absence de foi, frère spirituel de Clarel, et fait pour le comprendre, mais qui, mourant trop tôt, le laisse privé d’appui. D’autres accompagneront Clarel en son pèlerinage : Nehemiah, le saint vieillard à la foi de petit enfant, venu d'Amérique vivre à Jérusalem, et qui, sans effort, avec une familiarité confiante, vit au milieu des séènes de lévangile qu’il retrouve à chacun de ses pas. Vine, le raffiné, le timide, qui peut-être a dû dompter des passions ardentes, et qui s'efforce de vivre au jardin du Christ comme en un cloître franciscain, parmi les fleurs et les images des temps anciens. Rolfe, l’esprit réfféchi, logique, dont la religion est raisonnée, rejette la superstition et critique la crédulité vulgaire ; il a l’érudition, la dialectique, la sincérité : ce qui lui manque est l’enthousiasme. Tous ceux-là, Clarel les écoute sans rien pouvoir conclure.

Une autre rencontre pourrait être plus décisive : c’est celle de Nathan, l'Américain marié à une Juive et converti au Judaïsme. il tâche d’unir le sens religieux de ses nouveaux amis à l’activité méthodique de sa patrie d’origine. Clarel est séduit. Il s’éprend de Ruth, la fille de Nathan, et va, peut-être, trouver dans cet amour un refuge. Mais on apprend la mort de Nathan, tué par des Bédouins de la plaine, et Ruth, fidèle aux lois des siens, ferme sa porte à Clarel le Gentil. Sans perdre tout espoir, il retombe dans de tristes pensées. Sans renoncer à Ruth et à l’abri que pourra lui fournir au besoin la plus ancienne

Po Mg et A à

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