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de toutes les fois, il décide de chercher encore les pas du Christ. Et, avec Nehemiah, Vine et Rolfe, il entreprend un pèlerinage à Bethléem.
La seconde partie du poème est intitulée The Wilderness. C’est l'évocation du trajet que parcourent les pèlerins pour aller de Jérusalem au couvent grec de Mar-Saba, situé dans la montagne, sur les pentes abruptes de la vallée du Cédron ; au lieu de suivre sans cesse le torrent, ils font un détour par Béthanie, Jéricho, les bords du Jourdain et les rives de la Mer Morte.
Des personnages nouveaux nous apparaissent. Quelques-uns ne se voient qu'un moment : ainsi le vieil écossais quinteux, acharné à détruire ce qui, dans la religion, ne lui paraît pas essentiel, et qui risque de ne rien laisser debout ; il suit un temps la caravane, puis, impatient, la quitte avec mépris. Ainsi le banquier grec et son futur gendre qui, désœuvrés, ont entrepris l’excursion, apportant à la caravane l’écho des soucis matériels, et choquant les autres pèlerins par leur indifférence aux intérêts spirituels ; eux aussi, ils vont saisir la première occasion de laisser là ces pèlerins incommodes. Ainsi Margoth, le Juif renégat, qui méprise les traditions de sa race, se refuse à voir en la Palestine un lieu sacré, et ne connaît que son siècle et l'esprit scientifique ; il ricane à l’idée que la Mer Morte ait pu naître d’un châtiment divin, et que ces eaux soient empestées parce qu’elles recouvrent Sodome : il ne connaît que la chimie et la géologie ; ïl n’inspire à ses compagnons que répulsion et qu'horreur. Son départ leur sera une délivrance. Ainsi le moine syrien qu’on rencontre un moment, et qui narre le miracle que Dieu fit pour lui. Ainsi le Dominicain robuste qui croise la caravane, et, avec une foi tranquille, dit aux pèlerins la force de Rome et l’asile qu’ils trouveront toujours dans l’immuable foi catholique. — Ainsi le superbe cavalier Druse qui guide la caravane, et dont la foi hautaine dédaigne de s'exprimer. Autant de rencontres, autant d’attitudes en face de la vie et de la foi.
Mais plus importantes sont deux autres figures qui apparaissent ici. L'une est celle de Mortmain. C’est un Suédois qui, misérable dans son pays, l’a quitté pour vivre à Paris parmi les réformateurs et les
. réveurs de tout ordre qu’on y voyait avant 1848. Découragé, ayant
perdu toute confiance en ies efforts humains, essayant à grand’peine de garder au moins sa foi en Dieu, il a délaissé la France après
l'échec de la Révolution. Depuis lors il voyage, inquiet, tragique, victime parfois d'accès de désespoir. Il accompagne la caravane, sombre figure du Chrétien à qui le monde fait horreur. Au triste Mont des Oliviers, il soupire : « Et c’est cela la Terre Promise ! » Devant l’affreuse gorge d’Achor, où roulent des nuages sinistres, ül s’écrie : « Ce sont les funérailles du Monde ! » Passant près d’une source, il déclare à ses compagnons stupéfaits qu’il les rejoindra plus tard : il veut d’abord s’arrêter là deux ou trois jours et tenter la vie d’ermite. Le cœur serré, les autres l’abandonnent dans la montagne. Il reparaît quand les pèlerins sont au bord de l’eau maudite. Il a Vair hagard, et, méprisant les avis, se précipite pour boire à l’eau fatale : désormais ce n’est plus qu’un malheureux qui blasphème : il a commis le même crime que les hommes de Sodome, l’impardônnable péché de l’esprit qui veut explorer ce que Dieu s’est réservé. Un autre personnage important paraît ici : c’est Derwent. C’est un pasteur aimable, optimiste, superficiel, et la désolation des paysages ne peut altérer sa bonne humeur. Au Mont des Oliviers, il invitera Clarel à faire un temps de galop. Dans le désert stérile, dans la gorge désolée d’Achor, il lutte pour être gai, malgré l’oppression physique que de tels lieux lui causent. A Jéricho, la conversation prend un tour mélancolique : il se hâte d’en changer le sujet. Au total, il reste sympathique et on lui pardonne son protestantisme confortable. Ses arguments pourtant ne sont guère solides. La misère et la saleté des Arabes prouvent que leur race est abandonnée de Dieu. Celle des Juifs l’est aussi : fidèles à l’esprit biblique, seraient-ils les commerçants avides que nous voyons partout ? Quant aux Catholkiques, leur religion n’est pas sans charme, mais sa force décline, et les
arguments huguenots contre le papisme et ses moines restent valables.
Par contre, Derwent n’a point d’objection contre la science. Il ne voit pas comment elle pourrait entrer en conflit avec la foi. Au contraire, sa croyance au progrès augmente son optimisme. Dans toute cette partie du poème, Derwent est toujours prêt à discourir pour tenter, comme il convient au prêtre, mais, hélas, sans grand succès, de communiquer sa confiance à ses compagnons moins fortunés.
À côté de ces visages nouveaux, nous retrouvons des connaissances anciennes. Sur un âne s’avance, le cœur en paix, le pieux Néhémiah qui, depuis des années, rêvait de faire ce pèlerinage. Seules des paroles de bonté tombent de ses lèvres. Apercevant des rôdeurs en fuite, il s'étonne qu’on les accueille si mal, et cite l’exemple du Bon Samaritain, qui jadis aidait un autre « criminel ». Quand passe,
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