‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 215 sur 327 · Id., II, p. 19. à · texte numérisé non relu

Id., II, p. 19. à

Mais le passage poétique le plus remarquable, selon nous, est ia 4 courte pièce intitulée Dirge, méditation faite à la mort de Ruth, et ‘4 placée tout à la fin de l’ouvrage. Ici l'on sent vraiment passer le 4 pur souffle élégiaque, et la pièce serait digne d’orner les anthologies. É

Qu'on en juge : 4 « I plead. Most gently hold the hand 210 « Of her thou leadest far away ; 4 « Fear thou to let her naked feet 4 « Tread ashes — but let mosses sweet | « Her footing tempt, where’er ye stray *. »

Robert Herrick n’eût peut-être pas mieux dit. Et l’on sent toute . la valeur des éloges de M. Mumford. Mais c’est entre le début et la w fin de Clarel que le progrès s’est fait. Si Melville eût persisté dans sa gaucherie première, il faudrait à jamais, quelles que fussent les 4 qualités de la pensée, renoncer à tirer Clarel de loubli. Les derniers « chants, mieux propres à épargner les oreilles sensibles, permettent de 5 ne pas désespérer.

Réhabiliter Clarel reste pourtant une lourde tâche. Nous n'avons : pas essayé de voiler ses défauts. Le poème est interminable. I est 4 si mal composé qu’on perd pied à chaque instant. La philosophie en est dissolvante. Le décor disparaît parfois sous l’abstraction, et . parfois sous l’érudition. Le vers est longtemps d’une affligeante mono- 4 tonie. On voit qu’il est loin de notre pensée de vouloir présenter Clarel comme une œuvre accomplie. Cependant, la longueur même des pages que nous lui consacrons montre l’importance que nous lui … attachons. Avec tous ses défauts, c’est une œuvre unique dans la litté- 1 rature américaine. On y trouve tout : l’histoire d’une âme tourmentée, vues philosophiques, reflet d’une époque, paysages qui attirent et. repoussent en même temps, sans, jamais laisser indifférents, éclairs 1 poétiques étonnants. L'ouvrage était, dès sa naissance, voué par son. auteur à l’impopularité, et ses lecteurs ne seront jamais nombreux. - Mais on n’a pas le droit de le mépriser. Si l’on sait avec patience, solliciter une gangue parfois épaisse, la richesse finit par se montrer. Et l’on préfère alors ce métal un peu mat, mais pur de tout alliage | trompeur, au clinquant maintenant terni de rivaux autrefois fêtés.

1 Clarel, TI] p.287.

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