LEUS AT ESS RES LES DERNIÈRES ŒUVRES
La peinture d’une époque disparue, un portrait, un aspect de l’art ou des religions, font écrire à Melville, sans méthode apparente, une courte paraphrase où il inscrit ses réflexions. Le trait commun à ces pièces semble être une lassitude sans illusions devant les forces mauvaises dont l’homme ne peut se déprendre, et, faute de mieux, un désir immense de repos et de paix — que ce soit la paix durable du nirvanah bouddhique, la longue ère pacifique des Antonins de Rome, où l'oubli d’un instant que procure l’herbe bénie de Walter Raleigh. Réunies par le sous-titre Fruit of Travel long ago, viennent alors vingt autres petits poèmes évoquant divers aspects du voyage de 1856; la Grèce et l'Italie surtout, car ce qui touche à la Terre Sainte :a été incorporé dans Clarel. Chaque vision inspire à Melville une pensée. Il sent la fragilité des consolations que donne la beauté, la douleur toujours renaissante et parfois dissimulée sous la splendeur. A Venise, c’est l'amour interdit qui appelle, à Pise, l’obsession du suicide, à Padoue le confessionnal sculpté évoque le fond trouble des consciences. La sérénité n’est plus guère qu’en Grèce et en Egypte, parce que l’homme est parti, laissant seulement des monuments beaux et froids qui semblent défier le temps. Un dernier poème enfin, The Return of the Sire de Nesles, est une manière de conclusion : à quoi bon ces stériles excursions dans les livres et les Pas : l’humble foyer monotone est encore le seul abri.
On ne peut préciser la date où ces poèmes furent écrits. Nous » croyons qu'ils le furent de longues années avant d’être publiés, car
leur accent tragique appelle encore le repos, et n’est pas celui de F la vieillesse apaisée qui se borne au regret. Peut-être certains de ces | vers sont-ils des tout premiers que Melville ait écrits, à l’époque où les passions s’agitaient encore en lui. On comprend qu’il les ait long-
temps laissé reposer, peu désireux de troubler par un retour en arrière - un calme acquis péniblement. Leur trait commun à tous est en effet le pessimisme. Timoléon est vertueux, et il est malheureux. Urania est blessée par T’amour qu’elle a tout fait pour fuir. La lutte est partout, et le poète cherche anxieusement un abri. La beauté est décevante tant qu’elle demeure humaine. Le renoncement est tout ce qui reste à l’homme.
Cette souffrance cachée est ce que le lecteur attentif appréciera le plus dans ces poèmes. Mais on doit avouer que leffet n’est pas “immédiat. Melville cherche parfois à demeurer obscur : After the Pleasure party est terriblement ambigu. Mais le plus souvent l’obscurité vient sans effort, et les réflexions s’expriment en une style con-
densé, souvent maladroit, qui demande au lecteur une sérieuse application:
« La foi va-t-elle abjurer les cieux,
« Ou le pâle examen va-t-elle la réduire
« Jusqu’à fuir la vérité, si calme, si seule,
« Parmi les bruyants mensonges grégaires !: ? »
On est plus vite séduit par les brèves évocations de beaux pays et de livres aimés. La pensée en étant plus simple, le style en est aussi plus souple. Mais toujours on retourne trop vite à l’abstraction, et dès lors à l’obscurité. Ainsi le recueil, dont l’intérêt est certain, est cependant fort éloigné de la perfection. Comme dans Battle Pieces, comme dans Clarel, l'exécution répond mal à la pensée. Ces poèmes intéresseront le lecteur curieux des âmes ; il sera difficile de les faire aimer des artistes.
Le groupe suivant n’a jamais été publié du vivant de Melville. On sent, pourtant, que s’il eût vécu quelque temps encore, il en eût réuni les pièces en une troisième plaquette ?. Elles ne sont pas seule-
ment classées, mais précédées d’une page blanche au milieu de -
laquelle se lit le titre que Melville avait choisi :
WEEDS ANT WILDINGS Chiefly | with A ROSE OR TWO
By H. M.
Quand furent-elles écrites ? Deux des feuillets du manuscrit portent : la date : 13 février 1891. Il semble que toutes les pièces, dont l’ana-.
logie est évidente, aient été composées ainsi tout à la fin de la vie de Melville.
Il à lui-même indiqué les divisions de son recueil. D’abordviennent deux pages de prose, qui mettent les poèmes sous l’invocation du trèfle, cette plante robuste et honne qui rappelle la vieille *