‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 218 sur 327 · M. P. Publié dans St. Ed., vol. XVI · texte numérisé non relu

M. P. Publié dans St. Ed., vol. XVI

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maison d’Arrowhead. Puis se présentent les trois séries de « Mauvaises herbes ». La première, sous le titre The Year, égrène, en dixneuf petites pièces, les souvenirs attendris de la vie campagnarde de jadis : c’est un peu la chronique des humbles événements qui marquaient, à Arrowhead, le cycle des saisons : retour du soleil printanier qui réchauffe les vieilles gens, érable familier qu’on mutile pour en recueillir le sirop doré ; boutons d’or du printemps que nul, hors les enfants, ne songe à aimer ; vergers de juin, récoltes prosaïques qui valent bien les trophées de la guerre, vieilles fermes à l’automne, traditions de Noël dans le vieux pays familier de l’Hudson. La seconde, réunit sous le titre elliptique de This that and the other, quatre petites pièces dédiées à des oiseaux ou à des plantes. La troisième s’ouvre comme un récit en prose, et prend à la fin le ton lyrique et la forme poétique : c’est Rip van Winkle’s Lilac. Le héros de Washington Irving, à son retour, à peine à reconnaître sa maison qui tombe en ruine, mais qui s’orue d’un lilas fleuri. Il se souvient alors d’un petit rameau jadis planté par lui. Aujourd’hui la maison a disparu, mais le lilas subsiste. Il est si beau que tous les gens du village en sont venus prendre des boutures. Et grâce à ce propre à rien de Rip van Winkle, le canton a pris le nom de « Pays des Lilas » : signe que la Nature est plus sage que nous. Rip van Winkle fut méprisé de ses voisins, mais la Nature l’a vengé : elle a su, elle, mettre à profit le bien qu’il portait en lui. Enfin, après ces herbes sauvages, Melville se décide à nous montrer les roses. Un premier groupe a pour titre : Às {hey tell. La douzaine de courtes pièces qu’il renferme a pour objet la gloire de la rose, dont, pour finir, le poète se dit le sujet respectueux. L'autre partie de À Rose or {wo forme un poème plus long. C’est une manière de conte oriental, où l’on voit un vieillard posséder des champs de roses et refuser d’en exprimer l’essence, préférant laisser périr une beauté fragile, plutôt que momifier une beauté vivante.

On voit sans peine le lien qui joint tous ces poèmes. Melville, achevant sa vie dans la grande ville sans verdure, a évidemment senti Dai nostalgie d’une campagne embellie par sa mémoire. Et il s’est plu à évoquer d’abord les humbles souvenirs du potager, du village et du pré, avant d’atteindre graduellement les plus rares délices que puissent donner les fleurs. Assez curieusement, l’impression causée par les premières pièces paraît plus vive, plus intimement sentie. Melville a retrouvé dans sa mémoire les impressions familières des Berkshires, et les a fait revivre dans ses vers. À mesure, au contraire,

qu’on avance dans la lecture, on y trouve un Melville plus intellectuel, qui se rappelle des lectures plutôt que des sensations, qui fait œuvre de lettré plutôt que d’artiste spontané. Le lilas de Rip fleure encore les collines Kaatskill, mais il a déjà un arôme savant. Les premières variations sur la rose font, plutôt qu'à des fleurs, penser aux aimables virtuosités de la Renaissance. Et l’apologue oriental n’est qu'un pastiche élégant des anciens conteurs persans. L'influence des lectures a fini par l'emporter, et le recueil, né d’un regret sincère, n’est plus, à la fin, qu’un délassement de lettré.

Ces poemes n’en sont pas moins parmi les plus agréables que Melville nous ait laissés. Le vers y coule plus aïsé, la bizarrerie s’y fait plus rare qu'ailleurs. Melville dans ces écrits de sa vieillesse, semble bien près de trouver le secret qu’il a longtemps cherché : être en vers, spontané sans gaucherie ou subtil sans obscurité.

Viennent en quatrième lieu sept fragments en prose, et deux assez longs poèmes, dont le lien est assez frêle en apparence, mais que, @e toute évidence, Melville a voulu joindre !. Vers ou prose, ils sont placés sous la protection de deux aimables personnages inventés par Melville, le Marquis de Grandvin et le Major Jack Gentian. Si divers qu’en soient les sujets, nous tâcherons de montrer qu’ils sont tous un peu le reflet d’un même état d’âme.

Le premier essai, The Marquis de Grandvin, nous présente ce personnage, Français de bonne souche, qui vit à New-York où il est fort populaire, dans les clubs et auprès des dames. Il n’a que des amis, car il est cordial et franc. Il est heureux, car il sait faire de la vie un art. Qu'importe donc qu'après sa mort on Poublie sa vie n’aura pas été vaine. L’essai suivant, Portrait of a Gentleman, nous dépeint le fidèle disciple du marquis, John Gentian, Esq. C’est le « capitaine des bons garçons ». Il se soucie peu d’étiquette, son langage est parfois vert, et pourtant, c’est au fond, un aristocrate. Mais sa fierté n’est pas sans fondement : il porte l’insigne honoré des Cincinnati. Vient ensuite un morceau nommé : To Major Jack Gentian, dean of the Burgundy Club. On y voit rapportées certaines singularités du héros, qui semble honteux de la belle attitude qu'il eut lui-même dans la Guerre de Sécession, veut oublier ces souve-

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