M. P. Publié dans St. Ed., vol. XIII et XVI
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nirs, et insiste au contraire sur la Guerre d’Indépendance où combattirent ses pères. Il chérit les glorieux souvenirs de la nation, et il est riche en anecdotes. C’est un de ses récits, celui d’un aprèsmidi à Naples, que Melville va rapporter, avec moins de verve sans doute, mais en sauvant au moins de l’oubli cette narration mémorable. Les quatre autres fragments, qui complètent les portraits des deux héros, sont brefs et roulent à peu près sur les mêmes thèmes.
Le premier poème, Af the Hostelry, reproduit faiblement, dit la note qui le précède, un des thèmes favoris du Marquis de Grandvin, dans lequel ce gentilhomme déploie sa fantaisie spirituelle, sa verve et sa gaité. Le poème compte une vingtaine de pages. Dans une auberge de Naples, le vieux marquis parle à bâtons rompus. L'entretien com-
. mence et se termine par des vues politiques, qui proclament une admiration sans limite pour le héros de l'Italie moderne, Garibaldi. Mais le marquis évoque, surtout, un dialogue entre les ombres. Les grands peintres du passé y prennent part, et viennent, à tour de rôle, nous dire ce qu'est le pittoresque. Au hasard se présentent les « maîtres d'autrefois » de la Flandre et de la Hollande, de Jean Steens à Brouwers, de Van de Velde à Van Dyck. Les génies italiens du Quatrocento et de la Renaissance, Lippi, Véronèse et Tintoret, leur donnent la réplique, tandis que Vélasquez leur oppose une morgue castillane, et Poussin une rêverie sereine. Rien de bien précis ne sort
. de ce jeu d’idées. On en conclut pourtant que ce monde, qui, de tant de manières peut être pittoresque, est vraiment digne qu’on y vive. Le conflit des opinions ne l’empêche pas d’être bon.
L'autre poème, Naples in the time of Bomba, rapporte, comme on l’a dit, un récit supposé de Jack Gentian. Il emplit vingt-cinq pages, qui évoquent cet âge curieux où la Naples du xix° siècle, toujours gaie, rieuse et bariolée, tremblait par instants devant la tyrannie capricieuse du roi Ferdinand II. Pittoresques embarras de voitures et défilés de mercenaires siciliens, misère affreuse et charmants tenorinos de la rue, grilles de fer hérissées et bouquetières accortes : les contrastes naissent à tous les pas. Jack Gentian se laisse fleurir d’une rose : le langage de la fleur commentera maintenant pour lui les spectacles divers qu’il verra. Selon qu’il apercevra les batteries du roi Bomba ou les joyeux jongleurs populaires, qu’il évoquera, dans
. l’étonnante histoire de la ville, la reine Jeanne ou l’Inquisition espa-
gnole, la rose va tour à tour se flétrir ou s'épanouir. Voici maintenant l’insouciant et intrépide petit conteur d’histoires, qui groupe un public multicolore autour de ses récits frondeurs et de ses improvisa-
tions rimées. Et voici battre le tambour des soldats de Bomba, devant lesquels la foule apeurée se disperse. Le poème se terminerait sur cette vision, laissant Naples privée de chansons, si un nom ne lui rendait l'espoir : Garibaldi.
A première vue, il semble que l'unité de ces poèmes et de ces essais soit bien faible. On peut, cependant, la dégager. Melville a voulu, pensons-nous, vanter ce contentement épicurien que sa vieillesse, enfin, a su quelquefois trouver. Il aime, dans le marquis, sa gaîté, son goût de la femme et du Bourgogne ; dans Jack Gentian, son air gaillard et son faible pour ‘les splendeurs du passé; dans la peinture, la joie qu’elle apporte en nous faisant sentir la multiplicité des belles choses ; dans Naples son insouciance et ses chansons ; dans Garibaldi, l’homme né pour ranimer Ja joie qui sommeillait dans le cœur de tout un peuple. En même temps, Melville, amoureux des belles choses du passé, s’est efforcé d’écrire en humaniste. Ses essais pastichent ceux d’Addison, et ses poèmes les badinages du xvirr° siècle. Le décousu même de ces morceaux épars semble plaire à une âme allégée, qui maintenant se pique de nonchalance.
L'ensemble est trop fragmentaire, sans doute, pour atteindre à l’art véritable. On goûte cependant cette prose archaïque, un peu pédante et pourtant légère, ces rimes parfois gauches, mais dépourvues d’emphase. On les lit, peut-être, avec plus de négligence que Melville luimême n’eût souhaité ; mais on y trouve du plaisir :. :
Le dernier groupe, enfin, mérite à peine ce nom. C’est une petite liasse de poèmes divers, écrits à des époques très différentes, et que Melville, sans doute, ne songeait point à publier ?. Sur ces trente et une petites pièces (les deux plus longues n’ont que trois pages, et
1. Trois autres morceaux de prose, écrits dans la vieillesse de Melville, et sans lien l’un avec l’autre, doivent encore être signalés à titre d’ailleurs purement documentaire : un Account of Major Thomas Melville paru en 1876 dans The History of Pittsfield, written and compiled under the generald direction of a committee, by J. E. Smith, G. L. C. Daniel Orme, omitted from Billy Budd (omission heureuse à notre avis). M. P. Publié dans St. Ed., vol. XIII. Under The Rose, espèce de conte oriental un peu à la manière de Montesquieu, et qui doit être contemporain des pièces traitant des aventures de M. de Grand- NE M. P. publié dans St. Ed., vol. XIII. Aucun des trois n’a d'intérêt vériable.