‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 220 sur 327 · M. P. publié dans St. Ed., vol. XVI · texte numérisé non relu

M. P. publié dans St. Ed., vol. XVI

LES DERNIÈRES ŒUVRES p01

la plus courte est un quatrain), deux seulement sont datées. L'une, curieusement, porte la date de 1847. Hors ceux qu’il place dans la bouche de Yoomi, ce sont les seuls vers qu’à notre connaissance, Melville ait faits au début de sa carrière. L'autre fut écrite en 1874. Beaucoup sont sûrement postérieures encore : ainsi trente et une œuvrettes viennent s’espacer sur près de quarante années. Bien qu’on retrouve, parmi eiles, certains thèmes qui permettraient avec vraisemblance de les dater, il serait vain d’y chercher un reflet fidèle de Phistoire de Melville. Dans l’ensemble, on peut dire que les premiéres, plus amères, visent à montrer le néant des plus belles apparences, et la tristesse de la condition humaine ; que les dernières, au contraire, sont adoucies par l’indulgence : aller plus loin serait téméraire.

Ces petits poèmes sont presque tous philosophiques. Il peut y être question d’un grand homme, Montaigne ou Camoens ; d’un paysage, vieille ferme ou lac de Pontoosuce ; d’une anecdote : aquarelliste grelottant dans sa mansarde, ou jeune fille de Dixie qui conquiert les vainqueurs : la description importe toujours moins que la morale qu’on en peut tirer. Quant à la forme, elle vise rarement à la grandeur, mais plutôt à une sorte de facilité sans emphase qui convient aux méditations passagères.

Ces pièces n’ont qu’un intérêt limité. Elles sont trop brèves et trop diverses pour que la psychologie en soit curieuse. L’anecdote qui couvre le symbole est habituellement bien mince, et la morale nous apprend peu de chose. La forme elle-même souffre de certains défauts, ou d’obscurité, ou de verbalisme, qui n’aident guère à la rendre harmonieuse. Nous devions dire un mot de ces fragments, pour ne rien oublier. Mais ils nous paraissent, surtout, les inévitables déchets d’une production abondante. Ils n’ajoutent rien à la gloire de Melville ; on ne saurait davantage lui reprocher de les avoir, avec indulgence, conservés dans son tiroir.

Ces pages diverses, que Melville composa de façon irrégulière, et qu’il destinait plus à son propre plaisir qu’à celui du lecteur éventuel, n’ont pas eu souvent l’honneur d’être mentionnées par les critiques. L'opinion, en général, ratifie le jugement de M. Weaver : quand celuici édita les œuvres complètes de Melville, il y inclut ces pages avec le reste, parce qu’il se devait d’être complet. Mais on sent bien qu’il

agit par pur acquit de conscience, car il avait écrit deux ans plus tôt : É

« L’inspiration tombe à plat d’un bout à Pautre *. »

M. Mumford prend le contrepied de ce jugement. Il consacre aux derniers poèmes un long et intéressant chapitre, et il déclare :

« Le vers est plus savant, ces poèmes sont d’un cristal pur, sinon « exempt de fêlure. Voici enfin cette concision faute de laquelle « Clarel est sans vie. N’eût-il laissé que cette poignée de vers et ce « petit roman, Melville eût encore, comme Stephen Crane, laissé une « manière d’empreinte sur la littérature américaine ?. »

Nous croyons qu'on peut se rallier à une opinion moyenne. Les dernières œuvres de Melville (hors Billy Budd) sont extrêmement inégales. Un grand nombre de pièces manque vraiment d’intérêt. Dans les autres, M. Mumford n’arrive pas à nous convaincre que la gaucherie de forme ait disparu. Nous espérons avoir montré, pourtant, que dans tous les groupes, sauf peut-être le dernier, on trouvait des pièces intéressantes, et, dans ces pièces, des passages remarquables. Le malheur est que de beaux passages ne font pas un ensemble harmonieux. Il y a dans ces pages la matière d’une excellente anthologie. Mais il faudrait un goût bien averti à l’éditeur qui tenterait de ja faire.

Bizzy Bupp

Cette nouvelle de 114 pages * est précédée d’une inscription : Dédié JACK CHASE Anglais (Que ce grand cœur soit maintenant Sur cette terre, ou qu’il ait trouvé son havre au Paradis) Capitaine de la grand’hune En l’année 1843 À bord de la frégate américaine United States

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