‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 221 sur 327 · St. Ed., vol. XIII · texte numérisé non relu

St. Ed., vol. XIII

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Après une courte préface, qui situe l’action en la triste année 1797, le récit commence par l'évocation d’un type autrefois commun dans la marine : le beau matelot, aussi bon qu'il était beau. La noblesse de ses traits, en même temps que son corps d’athlète, lui donnaient sur tous les autres un ascendant indiscuté ; son influence était excellente pour le bien du service : Billy Budd était de ces hommes-là. Et ce fut avec bien du regret qu’un jour, à la mer, le capitaine d’un navire marchand dut le céder au bâtiment de ligne Indomitable, en route pour la Méditerranée, et qui complétait son effectif par le moyen de la presse. Trois mois plus tôt, la « Grande Mutinerie » avait marqué l'heure la plus sombre de la marine anglaise. Peu après, grâce aux victoires de Nelson, elle allait connaître son apogée. Mais la situalion n’était pas brillante encore ; on craignait de voir se ranimer les « feux mal éteints >» de la sédition, et les commandants devaient surveiller leurs équipages avec une attention particulière. Celui de l’Indomitable, l'Hon. Edward Fairfax Vere, était un officier de haute valeur, à la fois homme d’action et philosophe ; et nul plus que lui n’était qualifié pour maintenir avec sang-froid la discipline. Les autres figures du bôrd importent peu ; une seule doit être esquis-

- sée : celle du capitaine d’armes, John Claggart, homme tourmenté, malheureux, et, sans raison apparente, haineux. - À bord, Billy Budd était heureux. Il se croyait aimé de tous. Pourtant un vieux loup de mer de ses amis l’avait prévenu en termes sybillins : « Mon petit Budd, Jemmy Leggs » (c'était le surnom du capitaine d’armes) « est après toi’. > Budd avait été surpris : le capitaine d’armes, lui semblait-il, n’avait jamais eu pour lui que sourires. Dans son innocence, Billy Budd ne eomprenait pas que Claggart était un homme qui souffrait. Il n’était, lui, ni jeune, ni beau, ni populaire. Il eût aimé être un autre Billy Budd ; il eût voulu au moins faire de Billy Budd son ami, mais il n’ose parler. Malheureux comme l’avait été Iago, à son exemple, il allait préparer la perte d’un objet qu’il avait sans doute aimé avant de le haïr. Un soir, Billy Budd recoit des offres bizarres : on lui demande son concours en vue d’une rébellion éventuelle. Budd s’indigne, refuse, puis oublie l'incident mais peu après, il doit bien se rendre compte que certains des maîtres lui font désormais grise mine. Un jour, enfin, le capitaine d'armes, respectueux, sollicite une audience du commandant : il lui révèle que, policier avisé, il a découvert une rébellion naissante, et qu’il

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