‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 222 sur 327 · FRITES · texte numérisé non relu

FRITES

tient le meneur : c’est Billy Budd. Le commandant Vere, incrédule, fait venir dans sa cabine l’accusateur et l’aceusé. Claggart, devant Budd, reprend effrontément ses accusations. Billy Budd, que le commandant presse de se disculper, est littéralement muet d’indignation et de stupeur. Il fait pour parler un effort frénétique et vain, puis, d’un geste mécanique, son poing se détend, et le maître, atteint en pleine figure, tombe mort à ses pieds.

« Malheureux garçon », murmure le commandant d’un ton si bas que ce n’était guère qu’un souffle, « qu’as-tu fait! » Le commandant a été le seul témoin du meurtre. Il a tout deviné. Mais il sait son devoir : un matelot a tué, en temps de guerre, un officier marinier dans l’exercice de ses fonctions. Et, d’urgence, un conseil de guerre est convoqué. Les officiers qui le composent sont atterrés ; ils voudraient faire preuve de clémence. Mais le commandant, qui mieux qu'eux, pourtant, comprend le geste de Budd, leur montre que la loi est impérieuse. Un pareil acte d’indiscipline est puni de mort immédiate. Ne pas appliquer la loi, ce serait donner aux hommes l'impression de la peur, et non de la pitié. Pour le salut de la flotte, il faut que Billy Budd soit puni de mort. Le jugement rendu, le commandant va lui-même ie notifier à l’accusé ; longtemps, les deux hommes restent seuls, à causer à voix basse.

Le lendemain matin, à l’aube, Billy Budd, devant l’état-major, l’équipage et l’infanterie de marine alignés sur le pont pour la parade d’exécution, est amené sous la grand’vergue. Au moment de mourir, il criera d’une voix assurée : « Vive le Commandant Vere! » Et l'équipage stupéfait reprendra d’une seule voix, devant Vere impassible : « Vive le Commandant Vere! » Peu après, Vere sera tué dans un combat. A terre, les journaux essaieront de faire passer Claggart pour un héros, et Budd pour un félon. Mais, dans la flotte, une humble complainte de matelots conservera longtemps le souvenir du gentil gabier de misaine. :

Le manuscrit de cette nouvelle ?, qui se trouvait parmi les papiers de Melville (il ne fut publié qu’en 1922, par les soins de M. Weaver)

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