‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 224 sur 327 · Grant Watson (E. L.), op. cit · texte numérisé non relu

Grant Watson (E. L.), op. cit

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lui-même ’. Nous allons, à notre tour, nous hasarder à donner un avis.

Comment l’ouvrage est-il composé ? M. Grant Watson assure que

« l’histoire se développe simplement, sans hâte, sans traîner < jamais ?, »

Nous ne croyons pas pouvoir partager cet avis. L'historique de la mutinerie, par exemple, est fait à deux reprises : dans la préface, ce qui est bien, puis dans des chapitres n1 et v, ce qui, selon nous, interrompt l’action sans profit. Quant au chapitre 1v, il est consacré — et Melville s’en excuse lui-même — à une digression sur Nelson et l'avenir de la marine britannique. Ces chapitres sont sans doute intéressants ; mais il font oublier l’histoire à peine commencée. Plus loin, l’action, qui a repris, est à nouveau interrompue par les chapitres x et xI, qui analysent laborieusement les états d’âme de Claggart, et formulent toute une théorie de la dépravation naturelle, où Melville appelle à l’aide Platon et Calvin : malgré soi, on se prend à l’accuser de bavardage. Le chapitre XVIII, qui nous fait assister au conseil de guerre, est profondément émouvant. Pourquoi doit-il finir sur une page de digressions historiques, puis métaphysiques, que le ton familier n’empêche pas d’être obscures ? Enfin, la faute la plus grave, selon nous, est de n’avoir pas fini l’ouvrage avec la mort de Billy Budd. Pourquoi la faire suivre d’un dialogue de philosophie macabre entre officiers ? D’un article de journal ? D’une complainte ? Tout cela tient dix pages, et notre émotion, cependant, se dissipe.

Que certains passages soient poignants, c’est chose évidente. Dans la brève discussion entre les juges militaires, dans la parade où on lit le jugement, dans la scène de l’exécution, on reconnaît toute la maîtrise du Melville d’autrefois. À notre avis, pourtant, le défaut de compositoin empêche de tels passages de prendre toute leur valeur. Et puis certains personnages, lels que Claggart, sont trop soigneusement expliqués pour rester vraiment vivants. Jamais le Capitaine Ahab n’avait été analysé de la sorte !

Le symbolisme, beaücoup moins appuyé que dans Pierre, par exemple, nous paraît par contre efficace. On sait gré à l’auteur de n’avoir pas, comme dans ce dernier ouvrage, multiplié le symbole à l'infini, au point de cacher inévitablement, sous chaque objet, un

1. Billy Budd gabier de misaine, trad. Leyris. Paris, Attinger, 1935. 2. Grant Watson (E. L.)., op. cit.

petit problème. Ici, les trois personnages représentent chacun un principe : l’innocent, le sage, le maudit, et les représentent bien. L'histoire symbolise de manière dramatique le conflit de ces principes.

Mais le style ne nous paraît pas aussi dépouillé qu’on se plaît à le dire. Les séries de comparaisons sont un peu moins fréquentes qu’auirefois. Mais le défaut contracté par Melville à partir dePierre, celui de se lancer dans des phrases inextricables, s’accuse encore davantage. En veut-on un exemple ?

« Tout autant que ces barbares ultérieurs, de jeunes hommes pro- « bablement, et des spécimens de choix parmi les premiers Britan- « niques convertis au Christianisme, au moins nominalement, et « emmenés à Rome (comme aujourd’hui les convertis d’îles moins « importantes peuvent être emmenés à Londres), dont le pape de « l’époque, admirant l’étrangeté de leur beauté propre, si différente « du type italien, leur teint clair, rosé, et leurs cheveux longs et « bouclés, s’exclama : « Des Angles » (voulant dire des Anglais, dérivé « moderne} ; « des Angles, dites-vous ? Est-ce parce qu’ils ressemblent « tant à des anges !: ? »

Nous n’irons pas si loin que M. Weaver. L'intérêt de Billy Buddà nous parait indéniable. Il nous semble pourtant qu’en vieillissant, Melville n’a pas conservé toutes ses qualités, sa richesse d’invention. sa vigueur entraiîinante. Certaines faiblesses, par contre, n’ont fait que croître. Billy Budd, sans doute, nous paraît tout à fait digne d’être lu. Nous n’irons pas jusqu’à le tenir pour un chef-d'œuvre.

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