Sur ce cinquantenaire, voir Weaver, p
La seule allusion qu’il fasse à son apprentissage interrompu, c’est cette phrase de Moby Dick où il confesse son « horreur durable pour tous les labeurs, épreuves et tribulations honorables ». Il est assez vraisemblable que l « Academy > d’Albany soit le lieu où il ait commencé de contracter cette aversion.
Au milieu de l'hiver 1831-1832, la banqueroute d’Allan Melville ne put être retardée. Lui-même mourut, Comme on l’a vu, le 28 janvier.
? Il laissait sa femme et ses enfants dans une situation inextricable. Non
seulement ils n’avaient plus un cent, mais le seul qui fût vraiment en mesure de les secourir, Peter Gansevoort, avait déjà été si lourdement mis à contribution que sa générosité risquait fort de faiblir.
La veuve, pourtant, ne semble pas avoir, sur l'instant, retranché quoi que ce soit de ses prétentions. Elle pleura son mari dignement, puis s’en remit aux siens du soin de subvenir décemment à ses besoins, Elle fut stupéfaite et choquée du peu d’empressement que la famille de son mari mit à lui venir en aide, et une lettre d’elle à Lemuel Shaw, datée du 20 juin (1832 apparemment), nous fait part de son indignation :
« L’abandon complet où les grands-parents et les tantes de mes « enfants semblent les laisser depuis la mort de leur père est singu- « lier, et me semble, à moi, inexplicable. Leurs charités envers des < amis et des gens qui ne sont pas de leur sang sont bien connues. « Croyez-vous possible, M. Shaw, que la situation d’Allan à l’époque
de sa mort soit demeurée ignorée de ses parents ? C’est à peine
< « possible, car le major fut immédiatement appelé à l’aide : nous « n'avions rien. Se peut-il qu’il ait mentionné de pareilles choses sans « que les oreilles d’un père et d’une mère y fassent attention * ? » En fait, l'accusation d’indifférence portée contre les vieux parents était assez injuste. Ils étaient pauvres, d’abord. L’avoir du vieux major avait toujours été plus que modeste (son testament, daté de 1829, le prouve assez) ?. Bien plus, depuis la perte de son emploi, Thomas Melville Sr était contraint de vivre, ainsi que sa femme et ses deux
filles non mariées, sur cet humble capital ; et les miettes mêmes qu’il
1. M. P. Maria G. Melville à Lemuel Shaw, 20 juin (1833). 2. G. L. GC. Testaments du 11 février 1829.
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devait laisser après sa mort avaient d'avance été réservées pour gager les dettes de son fils. Et ils étaient bien vieux. Le major avait quatrevingt-un ans, et devait mourir dans lPannée. La pauvre grand’mère, infirme depuis longtemps, passa l'hiver au lit, et un visiteur qui la vit, en mai de cette année-là, remarqua :
« Quel changement ! Nous ne retrouvions plus ce visage joyeux « et souriant, nous n’éntendions plus cette voix agréable. Elle sem- « blait attendre la mort. »
Thomas Melville Jr, le frère aîné d’Allan Melville, n’était pas non plus à même d’aider sa belle-sœur et ses neveux : il était Iui-même dans la misère, misère d’ailleufs dont son frère, toujours sûr de lui, le blâmait sévèrement depuis des années. Le beau-frère John d'Woif était loin ; il n’était pas riche, et il avait des enfants. II ne restait plus, du côté Melville, que deux vieilles filles qui vivaient chichkement chez leurs parents, à Boston. Maria Melville, peut-être, aurait pu recevoir des condoléances plus fréquentes. Mais elle nourrissait d’étranges. illusions en comptant sur une aide financière.
Avec la même assurance tranquille, elle attendait laide de sa propre famille. Mais, là aussi, des déboires lui étaient réservés. Elle ne pouvait rien espérer de son frère Wessel, épave humaine qui iui-même venait parfois quémander de largent *. Un autre frère, Herman, qui occupait avec sa femme le beau domaine familial de Gansevoort, semble s'être borné aux bonnes paroles *, En définitive, tout le poids. de Ia maisonnée devait retomber sur Peter Gansevoort, le grand homme de la famille, général de la Garde Nationale, Sénateur de VEtat de New-York, Président de la banque d'Etat et membre d’une foule de sociétés philanthropiques et financières. Peter Gansevoort savait son devoir, et, quoi que sa sœur ait pu penser, n’y faillit pas. Le seu fait qu’on ait trouvé en sa possession les notes d'honoraires présentées par F « Academy » laisse entendre qu’il solda bien des factures. Mais il avait déjà renfloué Allan Melville deux ans plus tôt, et, lors de la mort de son beau-frère, le total de ses avances non remboursées dépassait sept mille dollars. Il devait encore s'occuper d’une bellesœur, Mary, veuve, elle aussi, avec plusieurs enfants. Et enfin, l’année
4. Voir Extraits du Firemen’s Advocate, mars 4857, coupure dans G. L. €. Melville Family Papers.