‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 24 sur 327 · Wessel Gansevoort à Peter Gansevoort, 17 avril · texte numérisé non relu

Wessel Gansevoort à Peter Gansevoort, 17 avril

3. Nombreuses lettres de Herman Gansevoort dans G. L. C. dont 15 pos-térieures à la mort d’Allan Melville. F mentionne rarement sa sœur et ses neveux. Signaler seulement que Melville lui dédia son premier livre.

suivante, il se maria, et cessa presque entièrement de pouvoir subvenir à des charges si nombreuses. A partir de 1833, il n’aida plus guère les Melville que de son influence :.

L’orgueil de Maria Melville subit donc de rudes épreuves. Dès 1832, son fils aîné Gansevoort dut quitter l « Academy ». C'était un garçon décidé : à seize ans, il ouvrit à Albany un magasin de fourrures et de chapeaux, qui prospéra. L'année suivante, ce fut Herman qui dut abandonner lécole. Son oncle le fit entrer comme petit clerc dans la banque qu'il présidait. FH n’y réussit sans doute pas, puisque, à la fin de 1834, nous le trouvons employé dans le magasin de son frère ?. La veuve, elle, continua de vivre chichement dans la maison où son mari était mort. Les parcelles d’héritage qu’elle put recueillir à la mort de son beau-père, en septembre 1832, à celle de sa mère en décembre, lui permirent de conserver quelque temps son train de vie. Puis elle dut émigrer avec les siens dans [a boutique de son fs, où sans doute elle vécut des gains de ses deux aînés et des aumônes de son frère. Bientôt elle en fut réduite, humiliation suprême, a filatter sa nouvelle belle-sœur, Mrs Peter Gansevoort, à la remercier < de son splendide cadeau », à lui affirmer « le respect et l’amour qu’elle éprouvait pour son caractère », et « l'attachement que les enfants avaient pour elle, preuve d’une conduite aimable et judicieuse à leur égard » . Maria Gansevoort Melville, peu à peu, avait dû accepter son rôle douloureux de parente pauvre.

Herman Melville ne mentionne nulle part de façon précise ces années difficiles. Maïs c’est alors, sûrement, que son amerfume se précisa. Il était trop jeune pour tout comprendre, trop docile encore

pour se permettre d’accuser ses parents. Mais le peu de temps qu’il

demeura dans chaque place montre [a répugnance qu’il éprouvait pour ces tâches monotones auxquelles rien ne l'avait préparé. Son frère Gansevoort s’acquitta des mêmes devoirs avec joie, parce que dès son enfance il avait eu la volonté de devenf$r un homme riche et influent, Herman Melville qui, Redburn et Pierre le montrent, avait pour seul idéal de devenir un gentleman à l’image de son père, ne pouvait que souffrir de ces travaux mesquins. Une épreuve nouvelle allait suffire à lui ouvrir les yeux, et lui montrer que ce rêve était

{. Sur Peter Gansevoort : très nombreux documents et lettres dans C. EL. C. Melville Family Papers et Famiïy Letters.

2, Dates trouvées par Mr Weaver grâce aux annuaires locaux. Weaver, DA:

3, G. L. C. Maria G. Melville à Mrs Peter Gansevoort, 3 juin 1834.

justement la cause de ses déceptions : alors il allait juger sans ménagement les parents qui le lui avaient inspiré.

Il est un point, pourtant, qu’on ne peut passer sous silence : dans Pierre, Melville évoque l'affection exclusive qu’à la fin de son enfance, et dans les premières années de son adolescence son héros éprouva pour un cousin de son âge’. Les sentiments sont peints avec tant de force qu’on est amené à se demander si Melville n’évoque pas un souvenir personnel. Il faudrait croire, alors, que ces sombres années d’Albany lui auraient au moins offert les consolations de l’amité ; et cette amitié, quelque peu excessive, annoncerait déjà l’affection inspirée plus tard par un Jack Chase ou un Hawthorne. Ce n’est qu’une présomption, bien difficile à vérifier sans doute. II a semblé nécessaire de la mentionner cependant ; si elle était fondée, elle aiderait à élucider le mystère de Pierre, et jetterait un peu de lumière sur la vie intérieure de Melville adolescent.

À la fin du printemps de 1835, Gansevoort Melville, estimant sans doute qu'après avoir courageusement aidé sa famille pendant plus de deux ans, il avait le droit, à dix-neuf ans, de songer à son avenir, se défit de son fonds et alla vivre à New-York, où il devait, tout en gagnant sa vie, étudier le Droit avant de se lancer dans la politique ?. Force fut alors à sa mère de compter avant tout sur elle-même. Pour des motifs qu’on ignore, elle se retira, en compagnie de ses filles et de ses plus jeunes fils, dans la bourgade de Lansingburgh, située sur l'Hudson à sept milles environ au nord d’Albany, et maintenant englobée dans la ville de Troy. L’aiînée des filles, Helen-Maria, était âgée de dix-huit ans. La seconde, Augusta, en avait quatorze. Ce fut leur tour de contribuer aux besoins de la famille ; elles entreprirent des travaux de couture dont le produit, joint aux envois occasionnels des fils et de l’oncle Peter, permirent à la maisonnée une vie modeste mais sans orages .

Page 1