‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 234 sur 327 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Ce n’est pas sans hésitation que nous avons appelé Melville un métaphysicien. Plusieurs eussent jugé, sans doute, que « philosophe » eût mieux défini un homme qui passa les deux tiers de sa vie à méditer les plus hauts problèmes qui s’offrent à l’esprit humain. Il nous a paru, cependant, que ce terme impliquait la construction d’un système cohérent de concepts, auquel un esprit se rallie après une démonstration rigoureuse et impartiale, et qu’il tente à l’ordinaire d'exposer d’une manière méthodique. On ne trouve rien d’approchant chez Melville. C’est avec passion qu’il aborda les problèmes ; ses démonstrations, souvent puissantes, demeurent pourtant subjectives ; ses conclusions se ressentent de lectures et d’expériences très diverses, sont disparates, et n’apportent rien de nouveau dans l’Histoire de la Philosophie ; enfin, nulle part il ne nous a donné d’exposé systématique : maint problème est repris plusieurs fois, et résolu de manière différente, en des passages épars d’une œuvre qui s'étend sur bien près d’un demi-siècle. Melville n’est philosophe que dans la même mesure que Sir Thomas Browne. Il n’en reste pas moins que ses raisonnements douloureux, passionnément sincères, abordant de front les pires difficultés, sont bien souvent d’un extrême intérêt. On ne peut donc se dispenser, en l’étudiant, de chercher à retrouver au moins les lignes directrices de sa pensée, sans essayer d’en résoudre les contradictions. Il est impossible, dans les limites restreintes d'un chapitre, de retracer par le détail les positions successives qu’il a prises en face de chaque problème : le Dr Sundermann lui-même, qui a consacré à la pensée de Melville un livre copieux, a dû laisser de côté certains aspects, et le seul problème des rapports de Melville avec le Christianisme a inspiré plus de deux cents pages à M. Braswell. Rapidement, nous essaierons cependant de caractériser latti-

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