‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 236 sur 327 · Hawthorne. English Note Books, op. cit · texte numérisé non relu

Hawthorne. English Note Books, op. cit

elle, avait pour guide le chronomètre ; mais le chronomètre luimême était seulement tout proche de l'absolu. Il semble, au fond, que Melville, bien qu’il ait admiré sincèrement Jésus-Christ, ne l'ait pas tenu vraiment pour tout à fait divin : comme l’enseignement du Bouddha ou celui de Mahomet, la parole du Christ paraît avoir été seulement, pour lui, une manifestation humaine de l'esprit divin, gardant assez d'humanité pour n'être pas réellement une part de Dieu. Au fond, l’opposition des deux natures, l’humaine et la divine, lui parut toujours irréductible. Pip, fou selon les hommes et sage au regard de Dieu, était peut-être le symbole même de cette contradiction.

Malgré cette douloureuse objection, Melville, à maintes reprises, aurait été tout près de se contenter de Serenia, si, entre les formes chrétiennes qui s’offraient à son choix, l’une lui avait montré le moyen d’y atteindre. Mais, dans chacune, un infranchissable obstacle l’arrêtait. Son puritanisme enfantin, nous l’avons dit, finit peut-être, à la dernière heure, par le reprendre en partie. Mais alors il l’idéalisa au point de le rendre méconnaissable : car, aux églises puritaines ellesmêmes dont les vices Pavaient si tôt frappé, il demeura toujours hostile. Hors de rares exceptions, comme celle du P. Mapple, de Moby Dick, un ministre protestant, dans les livres de Melville, est l’homme qui prêche des vertus qu’il s’abstient de pratiquer. Pour s'être, avec le temps, adoucie, son antipathie pour le système des Missions ne désarma jamais : treize ans après Typee, une conférence revenait sur le même thème. L’Anglicanisme plus humain, que symbolise le Derwent de Clarel, fut peut-être plus près de le séduire. La foi du Rev. Derwent était réconfortante, car elle disait que le Christ était un Maître optimiste et facile à servir. Mais Melville sentit si bien la faiblesse de cette attitude que Derwent, sûr de soi, lui inspira toujours d’imperceptibles sourires, et que, du jour seulement où les doutes lassaillirent, il fut vraiment humain. Le Catholicisme même, envers lequel il eut un préjugé de jeunesse (sa peinture de Maramma n’estelle pas une attaque où Rome est plus visée que toute autre métropole religieuse ?), l’attira par la suite. Dans Clarel, les dures déclarations du Dominicain, qui garantit la paix de l’âme à qui accepte sans murmure les disciplines de l'Eglise, puis les suaves paroles du moine toscan de Bethléem, qui montrent l’émouvante beauté de l’art et des légendes catholiques, sont écoutées en silence, et l’on devine que Melville a hésité avant de rejeter leur foi. Un obstacle, pourtant, devait

| fatalement l'arrêter : l'indépendance de sa pensée lui tenait trop à

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cœur pour qu’il pût l’aliéner, et accepter qu’une autorité, fût-elle bienfaisante, intervint entre Dieutet lui.

Hors du Christianisme, il examina d’autres dogmes encore, eut quelque regret à rejeter ceux d'Israël et: de l'Islam, mais avec dérision repoussa les prétentions modernes de la Science à remplacer la Religion. Au fond, seule aurait pu le satisfaire la foi paisible: d’un: Nehemiah, qui, sans. le secours d'aucun prêtre, goûtait un pur bonheur à vivre comme un saint, suivant fidèlement la loi du Christ, indifférent à toutes les incertitudes de ceux qui l’entouraient. Mais les personnages de Clarel qui ressemblent à Melville, ce sont, selon les heures; Celio, Vine, Rolfe ou Mortmain. Ils diffèrent, comme la position de Melville différa bien souvent. Mais aucun d’eux ne se rattache à une église, aucun n’est vraiment assuré dans une croyance, aucun ne parvient à être heureux.

Quelle fut, au cours de ses luttes, l’idée que Melville se fit de Dieu ? I est à remarquer que jamais il ne mit vraiment en doute son existence. La nécessité d’un Être supérieur lui paraissait s’imposer, et l’argument selon lequel, dans tous les temps, l’immense majorité des hommes, si diverse'en sa forme: que fût leur religion, ont cru à cet Etre Suprême, lui semblait irrésistible !. Maïs la nature de ce Diew lui paraissait insondable, et pourtant il sentait. en lui, impérieux, le besoin de la préciser. Toute sa vie et, sauf peut-être tout à fait à la‘fin, toujours en vain, il essayæ de toutes ses: forces de trouver une solution qui satisfit à la fois son cœur et sa raison.

“A lire Mardi, on se rend compte de ses perplexités. Déjà il avait son idée, pessimiste mais à peu près définie, sur les: rapports de Dieu et de l’homme. Il n’admettait plus que Dieu pût être une Providence; car à ses yeux, c'était Lui le responsable du Mal°. Maïs quels: étaient les attributs de cet Être sur lequel dogmes, science ni raison ne projetaient aucune lueur ? Il l’ignorait, et c’est pourquoi, en terminant son livre; il faisait au mysticisme cet appel qui ne devait:pas: être entendu. Tout au plus peut-on dire que le panthéisme: semblait exclu de sa conception: Un Dieuommniprésent eût en effet subi lui-même

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