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ce Mal qu’il tolérait partout. Pour ne pas laisser amoindrir sa puissance, il fallait: qu’il fût extérieur au Monde, et la conception dualiste s’imposait. Il semble que Melville l’ait constamment gardée.
Au temps de Moby Dick, la position de Melville était sensiblement la même. Pourtant, exaspéré par sa recherche inutile, il l’exprimait avec une violence accrue. Il écrivait alors à Hawthorne :
« La raison pour laquelle la masse des hommes craint Dieu, et sent « au fond de l’aversion pour Lui, est qu’elle doute de Son cœur, et < l’imagine comme un immense cerveau, comparable à une montre 5. »
Dieu lui semblait maintenant une puissance monstrueuse, dont l’indifférence aux souffrances qu’elle permettait, aux caprices de l’inflexible destin, connus et peut-être voulus par elle, témoignait d’une déconcertante cruauté. Melville approuvait apparemment les blasphèmes: d’Ahab, sans nourrir d’illusiom sur leur portée. Car, entre les mystérieux attributs de Dieu, il en était un, au moins, dont il ne doutait plus: : Sa redoutable Toute-Puissance.
Dans Pierre; Melville se montra plus. net encore, et: dans tous: les ouvrages qu'il écrivit jusqu’à la veille de sa mort, bien que sa véhémence s’atténuât, il conserva une attitude presque identique à l'égard, de ce Diew hostile. En 1890, il soulignaït au crayon, dans son exemplaire: de La Religion, de Schopenhauer, ce passage: significatif
« Des millions de:noirs en esclavage ; en Europe; des milliers d’ou- « vriers: tisserands qui, tourmentés par la faim et l’angoisse, mènent « une: existence misérable dans les salles humides et les galeries & sans joie d’une usine. Quel passe-temps pour un Dieu qui devrait, < en tant que tel, être habitué à un autre genre de vie?! »
M. Braswell en conclut, de manière apparemment irréfutable :
« Ses vues fondamentales sur la Religion étaient alors les mêmes que € quarante ans plus tôt°. »
Et pourtant, Billy: Budd semble prouver qu'à cette époque il acceptait sa condition avec une résignation presque joyeuse. Il nous: paraît - donc, contrairement à M. Braswell, que quelque chose avait changé. Selon nous, à grand’peine peut-être parfois, mais avec confiance le plus souvent, il s’était mis, enfin, à accepter la vieille idée chrétienne qui veut que: le mal soit une épreuve éphémère. Il comprenait que les souffrances passagères de Billy Budd le Juste lui seraient payées