‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 238 sur 327 · Cf. Braswell, chap. 1x · texte numérisé non relu

Cf. Braswell, chap. 1x

D. Cid:

au centuple, selon la parole du Christ, cet autre Juste qui, Lui aussi, avait enduré sur terre des maux iniques. Dès lors, la cruauté de Dieu lui semblait moins monstrueuse ; et il se reprenaït à espérer, avec confiance, que la Mort lui donnerait la solution d’un mystère qui déjà

commençait à s’éclaircir.

En face de ce Dieu « muet, aveugle et sourd », se place sa création, le Monde, avec les hommes qui l’habitent. Les conceptions religieuses de Melville, à l’égard de ce Monde, sont bien difficiles à établir de manière certaine, car les allusions qu’il y fait sont obscures, et souvent contradictoires. Une chose seulement semble assurée : pour lui, le Monde est avant tout un composé de bien et de mal. Ce mal, dont il eut, semble-t-il, une véritable révélation lors de son voyage à Liverpool, lui paraît un élément fondamental de notre Globe, où il est vain d’espérer jamais sa disparition, car il ne peut être dû à l’accident. On le trouve partout sur la planète, et l'Océan mystérieux et sombre qui en couvre les trois quarts en est le symbole. L’âme humaine elle-même a son côté ténébreux et son côté divin. Mais les deux éléments se mélangent toujours. M. Sundermann a fait remarquer que Billy Budd, personnification de la vertu, était affligé d’un bégaiement léger, et qu’il fallait voir, dans cet unique et infime défaut, le signe d’une emprise du mal sur l’être humain le plus voisin de la Perfection ‘. De même, pourrait-on dire, si Claggart semble l’incarnation même de la méchanceté, le fait qu’il soit animé d’ « un certain patriotisme austère >» prouve que le bien ne fait pas absolument défaut chez lui. Mais, en général, le mal, dans l'Humanité, l'emporte de beaucoup, et l’histoire de Billy Budd et de Claggart semble destinée à montrer que finalement le mal finit, sur terre, par triompher du bien. Comme cependant Melville n’a jamais perdu tout espoir, et même, à la fin, a retrouvé une foi confiante en l’immortalité de l’âme, il a dû penser que le bien l’emporterait après la mort. A la fin de sa vie au moins, il a cru sans doute que le mal était une nécessité de notre terre, revenant ainsi à la conception calviniste de l’Expiation. Quant à la nature de ce bien et de ce mal, les allusions qu’on y trouve dans ses écrits sont trop vagues pour qu’on puisse affirmer qu’il la

Page 1