‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 239 sur 327 · Sundermann, p · texte numérisé non relu

Sundermann, p

concevait. Le mal est-il une invention de Satan, et le bien une parcelle de Dieu ? Il semble que ce soit l’avis de M. Sundermann, mais nous ne voyons guère le moyen de le prouver :. Tout au plus peut-on dire que la morale de Melville, toute fondée sur la bonne volonté à l'égard des semblables, semble indiquer que respecter le bien que leur âme renferme est le meilleur moyen d’honorer Dieu. C’est, à peu près, l’attitude unitarienne. Elle est trop vague, croyons-nous, pour qu’on puisse en déduire la manière dont Melville concevait l’essence du bien, et par suite celle du mal, de l’âme et du Monde.

On voit qu’au total les conceptions religieuses de Melville, issues d’un Calvinisme strict, ont fini, après un long et douloureux circuit, par revenir à ce même calvinisme, élargi, mais encore bien sombre. Melville n’a certes rien innové en matière de religion, et ses multiples efforts pour se délivrer d’angoisses vieilles comme le Monde ont été infructueuses au point qu’en ses vieux jours ii ait été heureux de retrouver les croyances dont il s'était écarté. L'étude de ses longues crises stériles est pourtant pleine d’enseignements. Si ses souffrances spirituelles furent plus vives que celles d’aucun de ses grands contemporains en Amérique, on les trouve pourtant, à l’état virtuel, chez plusieurs de ceux-ci. Il mit seulement une ardeur et des dons exceptionnels à examiner des problèmes que les meilleurs de ses compatriotes se posaient confusément. Il sentit avec acuité la force et la faiblesse des remèdes qu’offrait le x1x° siècle, et l’histoire de ses tourments jette une lueur nouvelle sur des aspirations et des embarras alors diffus dans une bonne part de la nation. Mais, surtout, ses efforts inspirèrent la partie la plus émouvante de son œuvre. Leur échec spirituel ne doit pas faire oublier leur fécondité artistique.

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