‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 241 sur 327 · Literary Digest, août 1926, p · texte numérisé non relu

Literary Digest, août 1926, p

expéditions, le conduisirent plus tard vers des aventures intérieures plus dangereuses encore. Ce n’est pas en vain que, dans Moby Dick, il parle des « mers inexplorées » sur lesquelles il aime à naviguer, et Taji, le chasseur, représentait tout un aspect de lui-même. Mais il y en avait un autre, tout aussi important : le sentiment d’être, comme son Ismael, un abandonné, qu’un destin contraire empêchait d’être jamais heureux ou calme, lui faisait entrevoir comme seul moyen de salut une espèce de fuite : par elle il tâcherait désespérément de gagner: la certitude spirituelle, seul moyen de béatitude à ses yeux. À la fois chasseur et poursuvi, il allait consacrer une part de plus en plus grande de sa vie aux problèmes qu’il découvrait dans

-le Monde et dans: son âme.

Cette quête ardente, pourtant, aurait pu être moins infructueuse si Melville n’avait été, dès le départ, dominé par une tendance profondément pessimiste. Les déceptions de sa vie en étaient responsables : on peut dire qu’il devint pessimiste à treize ans, quand il perdit son père et dut, péniblement, gagner sa vie. Il eut, certes, des éclaircies, que ce fût à Broadhall dans son adolescence, ou à l’époque où il écrivit Typee et Omoo. Mais le voyage à Liverpool, la crise: qui le conduisit sur l’Acushnet, le mariage malheureux, les échecs financiers et littéraires, la santé qui bientôt chancela : tout devait contribuer à l’enfoncer de plus en plus dans un pessimisme qui, sans tuer jamais tout à fait l’espérance, n’allait décroître qu'après la quarantième année, et ne: s’estomper réellement qu’à lheure de la mort. Le: choix de:ses lectures: ne fit qu’accentuer cette disposition douloureuse : il eut beau: dire, dans The Confidence Man : « Nous « devons lire des livres sereins. et joyeux !: » : il lut surtout, luimême; de grands: et austères penseurs: qui ne contribuèrent pas à lui rendre la joie. Est-il surprenant, dès lors, que ses conceptions philosophiques aient été presque toujours empreintes de ce pessimisme qu'il traîna si longtemps ?

Enfin, à côté de ces influences uniquement sentimentales, d’autres, plus intellectuelles, s’exercèrent. Maïs le choïx de ses lectures fut, comme on l’a dit, en grande partie déterminé par le sentiment. Il n’a pas fait de la philosophie antique une étude suivie. Pourtant, les idées d’Héraclite et de Platon lui furent connues, sinon directement au moins par l'intermédiaire de penseurs plus récents. C’est dans l'héritage du premier qu’il a trouvé l’idée qui lui fut chère, du monde

Page 1