‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 243 sur 327 · Cf. Sundermann, pp. 102 sqq · texte numérisé non relu

Cf. Sundermann, pp. 102 sqq

Transcendantalistes, ses contemporains. Il n’eut jamais de relations directes avec le groupe, et, à plusieurs reprises, il le railla. I] ne lut Emerson qu’assez tard, quand son œuvre était presque toute écrite, et sur bien des points, il fut toujours éloigné de ses idées’. Il ne crut pas au panthéisme, que tout le groupe semblait accepter. Il fut à l'opposé de l’optimisme emersonien, qui, ne tenant pas compte du mal, négligeait, à ses yeux, plus de la moitié du Monde. Et pourtant, certaines idées semées par Channing et par Emerson étaient dans l'air, et Melville les partagea. Comme les Transcendantalistes, il fut tourné vers la morale et la vraie religion, hostile au matérialisme contemporain et aux formes machinales d’une religion expirante. Comme eux, il fut idéaliste ; comme eux il laissa parler le cœur autant que l'esprit : comme plusieurs d’entre eux, enfin, il crut parfois que le mysticisme lui ouvrirait des voies que la raison lui refusait. Etranger à ce mouvement typique d’un pays et d’une époque, il en sentit pourtant malgré lui l'attraction.

On voit combien d’éléments divers conditionnaient la recherche philosophique de Melville. Outre le point de vue trop personnel qui le gênait au départ, des dispositions d’âme trop particulières, l’influence désastreuse des éléments extérieurs, et un salmigondis de lectures souvent prises trop à cœur, étaient autant d’obstaciles qui concouraient à l'empêcher de réussir.

De tous les problèmes qui se posaient à Melville, l’un devait précéder tous les autres, car il leur donnait accès : celui de la connaissance. Mais il ne semble guère l’avoir abordé de manière philosophique. Mardi est tout rempli de ses ardentes recherches pour découvrir « la vérité ». Mais nulle part nous n’avons trouvé la définition précise de cette vérité. Quand Taji se lance finalement dans l’inconnu, on a l'impression qu’il ne sait pas exactement ce qu’il poursuit, et ïe lecteur, tout embarrassé qu’il soit pour savoir ce que l’auteur veut chercher, devine au moins que celui-ci ne le trouvera jamais. Melville se contente de répéter que la vérité est changeante, indéfinissable, a toujours différents aspects (que traduisent ses « ambiguités »), et que chacun de nous la voit de manière différente : ainsi les envoyés

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