‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 244 sur 327 · Cf. ci-dessus, chap. 1v, I · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, chap. 1v, I

du roi Donjalolo, qui, partis en expédition afin de décrire à leur maitre, au retour, les beautés de la terre, font avec la même bonne foi des récits opposés, dont ils rapportent des preuves également convaineantes . Melville, enfin, croit savoir par expérience que nul ne peut dépasser l’avant-dernière vérité, où, après bien des épreuves, parviennent les initiés de Serenia : et pourtant, lui-même, il s’obstine à chercher la dernière. Est-il vraisemblable qu’abordant une recherche dans de telles conditions on puisse la mener à bien ? L’instrument de connaissance dont il va se servir n’est d’ailleurs pas mieux défini. D’ordinaire, il torture sa raison pour essayer de progresser logiquement ; mais, en même temps, il laisse le cœur influer sur elle à son gré. À d’autres moments, il fait l'apologie du cœur ; ainsi, fièrement, il écrit à Hawthorne

« J'aimerais mieux être un fou doté d’un cœur que Jupiter Olym- « pien avec sa tête ?. »

Mais, au moment même où il éprouve le plus ardent désir de l’intuition mystique, il ne peut jamais abdiquer son sens critique. Il était, dès le départ, destiné à se tourmenter l’esprit en vain, et à devenir, comme Pierre, « the fool of Truth ».

Sa recherche, à la fois passionnée et tâtonnante, eut un résultat pourtant : elle lui permit de donner un fondement rationnel à certaines notions qu’il portait en lui déjà, et dont l’acceptation définitive commanda sa façon d'aborder les ultimes problèmes. D’abord, la résistance même que les êtres lui opposaient renforça sa croyance en leur existence propre. Il se moqua de l’idéalisme de Berkeley, et se sentit pleinement assuré que ces êtres lui étaient extérieurs, souvent hostiles : si, seule, lui apparaissait une apparence trompeuse, une réalité solide se cachait derrière elle. Ensuite, pour des motifs analogues, il reconnut l’existence indépendante des idées. Il le dit très nettement dans Mardi :

« L’essence de ioutes les idées est infuse : de nous-mêmes, et en « nous-mêmes. Nous ne créons rien ®, »

Il semble bien que, pour lui, ces idées soient le trésor commun de l'humanité, et que l'esprit qui croit les concevoir se borne à en prendre connaissance.

On voit donc que, si l’effort de Melville pour atteindre à la vérité

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