Mardi, II, p
LE IPENSEUR 543
elle-même demeura vain, au: moins a--il renforcé ses présomptions premières. Cette vérité, qu’elle soit renfermée dans des êtres ou dans des idées, existe, et c’est pourquoi nous devons la chercher. Elle nous est extérieure : donc notre tendance naturelle est de vouloir la saisir du dehors, c’est-à-dire par la raison ; mais comme nous-mêmes
nous avons entnous une parcelle de vérité, de même nature que celle
que nous cherchons, on-doit pouvoir l’atteindre par les secrètes affnités du cœur. Sans être beaucoup plus avancé, Melville justifiait par le raisonnement la position qu’il avait prise. Il se sentait, désormais, fondé à chercher la solution des problèmes du Monde, de l'Homme et du Destin.
Sa conception de l’Univers n’est pas clairement définie. Elle semble cependant avoir été caractérisée par une opposition entre le temps, qui se confond avec l’éternité immuable, et le Monde lui-même, sans cesse changeant, sans cesse en train de se dissoudre et sans cesse renaissant. Le premier ne paraît guère différer de l’espace : il est l’élément statique d’un monde en perpétuelle transformation. Melville semble avoir éprouvé un vertige devant son immensité. Il écrivit dans Mardi :
< Et si le temps était déjà, lorsque cette planète ronde paraissait, « à des mortels sans nombre, un empire que jamais on ne saurait « explorer tout entier, elle qui, au delà de ses mers, cacha toutes les «Indes pendant plus de quatre mille cinq cents ans, si le temps « était déjà, lorsque cette grande carrière des Assyries et des Romes « n'existait pas encore : alors le Temps a pu être, quand tout l'Univers « tangible vivait ses époques de ténèbres ; bien plus, quand le silence « ineffable, né de son impensable éloignement, le contemplait comme «une île de la mer !. »
Le second, que composent les êtres et les idées, ne nous laisse “voir que des apparences, des illusions qui nous font croire à sa beauté ; il paraît diseontinu, parce que nous prenons ces apparences au sérieux au point de lutter pour elles. Mais elles sont éternellement en train de crouler, et, derrière elles, l'unité du Monde est profonde. On peut lire dans un autre passage de Mardi :