‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 246 sur 327 · Mardi, Il, p · texte numérisé non relu

Mardi, Il, p

« Rien ne change, encore que bien des modes soient nouvelles ; « les nouvelles modes ne sont que les retours en faveur des choses « d’autrefois. Dans les livres du passé nous n’apprenons rien qui ne « soit du présent ; dans ceux du présent, que du passé ?. »

De cette unité du Monde, Melville tira d’abord une des idées qui lui tinrent le plus à cœur : il n’est aucun aspect, si individuel et passager qu’il apparaisse, qui n’ait avec le reste du Monde des affinités sans nombre ; le moindre objet familier fait surgir une foule d’analogies, et, si l’on sait les découvrir, on lui trouve, en particulier, des correspondances dans le monde des idées. Ensuite, dans cette même vérité, Melville voyait peut-être une nouvelle justification de ses désirs mystiques : il devait lui paraître naturel que l’âme püût rejoindre le grand tout dont elle était passagèrement écartée. Il écrivit dans Moby Dick :

« En cette humeur enchantée, l’esprit reflue vers les lieux d’où « il est venu, se diffuse à travers l’espace et le temps, comme les « cendres éparses et panthéistes de Cranmer forment une parcelle, « enfin, de tous les rivages de la terre ?. »

I1 est difficile de savoir avec précision comment Melville concevait l’homme. M. Sundermann, nous l’avons dit, semble penser qu’il le tenait pour une parcelle de Dieu : cette opinion ne nous a pas railié ; les seuls textes convaincants que nous ayons trouvés nous ont montré que l’âme était pour lui une parcelle du Monde ; mais le Monde et Dieu, chez Melville, ne se confondent pas. En réalité, Melville n’a jamais nettement défini l’âme. Il ne l’a certes pas tenue pour un reflet du corps, et il a entièrement rejeté la thèse matérialiste du parallélisme alors en honneur : « Mon corps », a-t-il écrit, « n’est que « la lie de mon être supérieur ÿ. >» Mais c’est tout ce qu’on peut affirmer. Tout au plus peut-on penser qu’il a vu, dans l’âme, une image, imparfaite et souvent gâtée par le mal, de la Divinité. On s'explique alors pourquoi, lui qui vécut si longtemps en misanthrope et témoigne d’un tel mépris pour la plupart des individus, il a conservé une si haute idée de l’homme « en soi » : sans doute les possibilités recélées par cet homme lui semblaient-elles immenses, et par là même était justifié son propre effort pour réaliser ce qu’il sentait en lui-même. C'était le moyen, pour lui, d'approcher Dieu. Mais

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