‹ Herman Melville Marin, métaphysicien et poèteChapitre 252 sur 327 · ES · texte numérisé non relu

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fois admis dans ses écrits, et il a constamment témoigné par sa vie, qu’il attachait à ses ouvrages une importance extrême. En fait, 1

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s’il a consenti à de si lourds sacrifices, ce ne fut pas seulement pour assurer le plein développement de sa personnalité, mais encore afin de permettre la naissance de cette œuvre à laquelle il tenait tant. Mais, si haut qu’il la plaçât, et bien qu’elle ait été le fidèle reflet de lui-même, il n’a pas considéré qu’elle lui donnât vraiment le droit de s’enorgueillir ; car il croyait en être moins l’auteur que le messager. Le Destin, disait-il, l'avait écrite avant lui’. L’eût-il voulu, qu’il n’eût pu la faire différente ; car c’est une sorte de mission qu’il avait le sentiment d’accomplir. On le vit bien quand il répondit à Duyckinck : « Je ne peux pas écrire la chose que vous me deman- « dez”. >» On le vit mieux encore quand, vieillissant, privé de tout auditoire, doutant de pouvoir jamais le faire imprimer, il passa des années à rédiger ce Clarel si « éminemment destiné à l’impopularité ® ». De cette conviction dérivent certaines façon de penser qui expliquent souvent son attitude. Il fut, d’abord, indifférent à la renommée présente et méprisa la Critique. L'œuvre existant en elle-même, et n'ayant pas besoin d’un auditoire pour être grande, le véritable artiste n’était pas loin, selon lui, d’être « The Fiddler », qui créait la beauté même si nul ne l’entendait : seule lui manquait la durée, sans laquelle rien n’est vraiment grand. En l'avenir, au contraire, Melville mettait une confiance sereine. L'œuvre, pensait-il, survit à lécrivain, et le jour vient infailliblement, où elle parle d’elle-même, où la vraie réputation, indifférente aux coteries et aux enthousiasmes passagers, s'établit. Il compta, comme il le dit dans ses derniers poèmes, sur « la gerbe funéraire et tardive de la gloire >. Enfin *, cette manière de tenir l’œuvre pour un message transmis aux générations futures impliquait l’idée qu’elle était moins destinée à les charmer qu’à les instruire : on s’explique que les ouvrages de Melville, de plus en plus, aient pris le caractère de poétiques leçons.

Melville devait ensuite se demander laquelle, entre les différentes formes d’art, était le mieux propre à l’accomplissement d’une telle mission. Il ne fit pas de barrière entre les vers et la prose, car le

. M. B. Lettre à Ev. Duyckinck, cit. par Minni, p. 52.

. D. C. Lettre à Ev. Duyckinck, février 1851, cit. par Minni, p. 72. . M. P. Lettre à J. Billson ; cf. chap. x1v, IT.

. St. Ed., vol. XVI, p. 415.

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